DAM ETE
Ce bien m'appartenait; j'avais vaincu Damon. Que ne me payait-il le prix de ma chanson ? Mais, non : sans l'acquitter, il confessait la dette.
MÉNALQUE
Toi, chanter avec lui ! Des pipeaux à Damète, Qui, dans nos carrefours, s'en allait autrefois Promener les fredons de son maigre hautbois !
DAMÈTE.
Veux-tu que nos talents entrent en parallèle? Combattons ! Cette vache, à la riche mamelle,
Traductions. 113
Donne deux fois son lait, malgré deux nourrissons : Je te l'offre. Quel prix doit payer mes chansons?
MÉNALQUE
Hélas ! de mon troupeau je ne puis rien soustraire : Une injuste marâtre, un inflexible père, Comptent deux fois le jour, l'un les tendres chevreaux, Et l'autre les brebis et leurs jeunes agneaux. Mais je suis possesseur de deux vases de hêtre : Toi-même , de leur prix tu conviendras peut-être. L'illustre Alcymédon en grava le contour; La vigne, mollement égarée à l'entour.
Au lierre qui pâlit enlace un vert feuillage. Dans ce cadre léger, brille une double image; L'une offre aux yeux Conon : l'autre ?... un sage vanté, Qui, mesurant le monde en son immensité, Dit les jours qu'aux moissons la nature destine, Et ceux où sur les champs le laboureur s'incline. De mes lèvres jamais je ne les ai flétris.
DAMÈTE.
J'ai deux vases, rivaux de ceux que tu décris, Tous deux d' Alcymédon : l'acanthe les embrasse ; Orphée est au milieu : les bois suivent sa trace. De mes lèvres jamais je ne les ai flétris : Mais, près de la génisse, ils auraient moins de prix.
MÉNALQUE
Ne crois pas m'échapper, par ce vain subterfuge; Je me soumets à tout : Palémon vient ; qu'il juge ! Je saurai réprimer tes défis insolents.