III
114 Œuvres de Millevoye.
DAMÈTE.
Commence! je suis prêt : montre-nous tes talents? Palémon, ce n'est point une cause légère.
PALEMON.
Parlez! Nous, reposons sur la molle fougère. Tout sol devient fécond, tout bocage fleuri; La saison la plus belle à nos vœux a souri. Damète va chanter; que Ménalque poursuive! A vos chants, tour à tour, la muse est attentive.
PAME TE.
« Honneur au roi des dieux! il remplit l'univers, Il féconde nos champs, il inspire mes vers.
Phébus m'aime, et pour lui j'ai paré mon enceinte De l'arbre de Daphné, de la fleur d'Hyacinthe.
DAMÈTE.
Galatée, en riant, de loin me jette un fruit Et se laisse entrevoir, alors qu'elle s'enfuit.
MÉNALQUE
Mon Eglé s'off're à moi, tendrement ingénue : A mes chiens vigilants Délie est moins connue.
DAMÈTE.
Je médite un présent... car j'ai vu, ce matin, Le nid de deux ramiers sur un ormeau voisin.
Traductions. 115
MÉNALQUE
J'ai cueilli, pour Eglé, ces dix pommes vermeilles ; Et dix autres demain rempliront ses corbeilles.
DAMÈTE.
Qu'ils sont doux ses discours ! O vents officieux ! Portez-en quelque chose à l'oreille des dieux.
MÉNALQUE
Que me sert-il, Eglé, de ne point te déplaire. Si tu parcours sans moi la forêt solitaire ?
DAMÈTE.
A ma fête , envoyez Phyllis aux doux attraits ; Et vous viendrez, lole, aux banquets de Cérès.
Mon cœur est à Phyllis ; j'en atteste les charmes De ses adieux si longs, mêlés de tant de larmes.
DAMÈTE.
Le loup nuit au bercail; l'aquilon, aux jardins; A moi, d'Amaryllis les superbes dédains.
MÉNALQUE
L'eau plaît aux champs ; l'arbuste, à la chèvre légère ; Le doux saule, aux troupeaux : seule Eglé sait me plaire.
DAMÈTE.
o Muses ! PoUion chérit mes airs touchants ; Offrez une génisse à l'ami de mes chants.
ii6 OEuvres de Millevoye.
MÉNALQUE
Offrez-lui ce taureau, qui, de sa tête altière, Bat les airs, et du pied fait voler la poussière.
DAMÈTE.
Qui t'aime, ô Pollion! doit vivre aimé du Ciel; Pour lui, la ronce enfante et l'amome et le miel.
MÉNALQUE
Ami de Bavius, crois Mévius habile,
Et transforme en coursier le renard indocile !
DAMÈTE.
Enfants, vous qui cueillez et la fraise et les fleurs, Fuyez ! L'hydre est caché sous les gazons trompeurs.
MÉNALQUE
Brebis, éloignez-vous de la rive infidèle :
Le bélier tremble encore, et sa toison ruisselle.
DAMÈTE,
O Tityre, du fleuve écartez les chevreaux;
Au temps prescrit, j'irai les baigner dans les eaux.
MÉNALQUE
Ramenez vos troupeaux de la plaine embrasée; Naguère nous pressions leur mamelle épuisée.
DAMÈTE.
Comme en ces prés féconds mon troupeau s'amaigrit ! Le troupeau meurt du mal, dont le pasteur périt.
Traductions. i\j
MÉNALQUE
Mes agneaux, de l'amour, ignorent l'amertume; Je ne sais quel venin, cependant, les consume.
DAMÈTE.
Dis (et comme Apollon tu seras révéré)
En quel lieu , dans trois pieds le ciel est resserré ?
MÉNALQUE
Dis-moi d'un nom royal quelle fleur se décore, Damète, et je consens que ma Phyllis t'adore? »
PALÉMON
Il serait, entre vous, malaisé de juger : Le prix est à tous deux, ainsi qu'à tout berger, Qui fait craindre d'amour les plaisirs et les peines. Les prés sont rafraîchis, refermez les fontaines.
ni
OEuvres de Millevoye.