‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 36 sur 120 · DIOGENE, POLLUX · texte numérisé non relu

DIOGENE, POLLUX

Obtenant un congé pour retourner au monde, Puisque tu dois demain du Styx repasser l'onde, O Pollux, va trouver mon disciple chéri, Ménippe le frondeur? Son séjour favori Est sur le Cranion, à Corinthe, au Lycée. Il écoute, en riant, la dispute insensée De ces grammairiens acharnés sur des mots. De ces rhéteurs pédants, admirés par les sots. « Ménippe, diras-tu, Diogène t'engage A venir aux enfers rire encor davantage : Viens; tu verras les grands abaissés, méconnus. Les satrapes traités comme des parvenus. Les rois, qu'on ne distingue, en leur chute profonde. Qu'aux regrets plus amers des vanités du monde : Viens ; nous pourrons alors faire éclater au mieux

250 OEuvres de Millevoye.

L'inextinguible rire usité chez les dieux. » Tu voudras bien, Pollux, lui tenir ce langage. Qu'il songe à se munir, pour le cours du voyage. De pois chiches; enfin, qu'il cherche son régal, Dans le souper d'Hécate ou dans un œuf lustral.

POLLUX

Je n'y manquerai pas : mais d'abord, Diogène, Retrace-moi ses traits, que je connais à peine.

DIOGÈNE

Un vieillard au front chauve, au manteau délabré, Qui, des couleurs d'Iris par lambeaux diapré. Offre un échantillon de toutes les étoffes. Il rit des charlatans, voire des philosophes.

POLLUX

D'achever le portrait, épargne-toi le soin.

Ces philosophes-là d'un conseil ont besoin : Veux-tu le leur donner de ma part ?

POLLUX

C'est possible.

DIOGÈNE

Dis-leur de tempérer leur humeur irascible. Et qu'ils n'enseignent plus aux jeunes écrivains Les fades quolibets, les syllogismes vains. Trop longtemps on a vu leurs obscurs protocoles D'un labeur puéril fatiguer nos écoles.

* Traductions. 25

POLLITX.

De ma judiciaire ils penseront fort mal.

DIOGÈNE

Eh ! qu'ils s'en aillent donc au séjour infernal !

POLLUX

Je leur rapporterai tes paroles expresses.

DIOGÈNE

Quant aux riches, dis-leur : « Pour doubler vos richesses, Usuriers sans pudeur, vous tourmentez votre or. Que vous sert d'amasser un immense trésor 1 Une obole suffit pour passer l'onde noire.

POLLUX

C'est assez; tu verras que j'ai bonne mémoire.

Tu diras à Mégille, à ce Corinthien,

Que ses beaux cheveux blonds seront comptés pour rien.

Répète également au nerveux Damoxène,

Que, malgré sa fraîcheur, et ses grands yeux d'ébène,

Et son maintien d'athlète, et ses bras vigoureux,

La mort doit le changer en squelette poudreux.

POLLUX

L'avis est dur.

DIOGÈNE

Du moins, tu peux à la misère Annoncer de son sort le changement prospère :

21^2 OEuvres de Millevoye.

Comme dans Sparte, ici tout partage est égal; Mais Sparte a bien déchu.

POLLUX

Ne m'en dis point de mal Je défends ma patrie.

DIOGÈNE

Elle a des lois fort sages.

Ne va pas toutefois oublier tes messages.

Traductions. 253

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