‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 41 sur 120 · DIALOGUE III · texte numérisé non relu

DIALOGUE III

TERPSION, PLUTON.

T ERP s ION.

trente ans, faut-il donc que je meure, tandis Que Thucrite est vivant, après quatre-vingt-dix?

PLUTON

Pourquoi pas ? Il ne veut le trépas de personne : Tu souhaitais le sien; même l'on te soupçonne. ..

TERPSION.

Ce vieux Thucrite, assis trop longtemps au banquet, Devait laisser la place à quiconque en manquait .

PLUTON

Ce sont là de tes lois, Terpsion ! A t'entendre , Tout mortel qui vieillit, au lieu de rien prétendre, Doit quitter la partie, et, pour derniers adieux, Laisser son héritage au plus insidieux.

La Parque inexorable autrement en ordonne.

TERPSION.

Sa méthode, après tout, ne me paraît pas bonne.

Traductions. 262

Je voudrais qu'on mourût dans l'ordre régulier,

Et qu'enfin le plus vieux fût atteint le premier.

Au jour qui luit pour nous, quels nœuds encor retiennent

Ce sépulcre mouvant que quatre bras soutiennent,

Ce vieillard de qui l'œil ne voit plus son trésor,

Dont l'oreille est fermée au bruit même de l'or,

Et dont l'unique dent, qui se ronge ébranlée,

Répand l'infecte odeur, de sa bouche exhalée?

Mais voir avant le temps la jeunesse mourir,

C'est voir le cep en fleur sur l'ormeau se flétrir ;

C'est d'un fleuve rapide, enchaîné dans sa course ,

Voir les flots étonnés remonter vers leur source.

Encor, si l'on pouvait prévoir ces contre-temps ,

On saurait épargner de précieux instants ;

Mais, comme dit fort bien le proverbe vulgaire :

Les chars traÎ7ie7tt les bœufs, tout marche en sens contraire.

PLUTON

Non : tout va bien. Pourquoi, spéculant sur la mort. Enchaîné bassement au pied d'un coff"re-fort, De tout riche vieillard se créer légataire? S'il advient que parfois le vieillard vous enterre, On se moque de vous, on le venge ; et je vois Le rire et les brocards escorter vos convois. Mais j'oubliais, parmi vos inventions neuves, Les hommages rendus aux vieux attraits des veuves, Des veuves sans enfants ! Quant aux autres, salut ! Plus d'une, toutefois, fit tant, qu'elle vous plut : Ses enfants rebutés flattaient votre espérance Du prix de tant d'amour et de persévérance !

Œuvres de Alill e^'oye.

Le testament se fait : que vous laisse-t-on ? Rien: La nature a ses droits, les enfants ont leur bien.

T ERP s ION.

Je me suis en cadeaux ruiné pour Thucrite. Il faisait le mourant, et vivait, l'hypocrite ! Mais fallait-il laisser mes rivaux complaisants, Par l'éclat de leurs dons, surpasser mes présents? Je ne me consolais qu'en songeant aux rentrées. De mes possessions déjà bien assurées, Je disposais d'avance : à de nouveaux fermiers, J'accordais mon domaine, en doublant les loyers. J'en perdis le repos. Le trouble, l'insomnie, Ont sans doute avancé le terme de ma vie : Je suis mort, et je sais, pour comble de tourment. Que Thucrite riait, à mon enterrement.

PLUTON

Bien, Thucrite ! Longtemps puisses-tu vivre encore, Pour conduire au tombeau ces flatteurs que j'abhorre !

Quel bonheur si la mort commençait par choisir Chariadès !

PLUTON

Je puis t'en donner le plaisir :

Mélanthe doit le suivre, et toute l'assemblée.

TERPSION.

Thucrite ! vis longtemps ! Mon âme est consolée.

Traductions. 265

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