DIALOGUE IX
ZENOPHANTE, CALLIDÉMIDE.
ZÉNOPHANTE.
A mon instant fatal, tu fus, je crois, présent. Un jour, chez Dinias, certain mets trop pesant M'envoya sur ces bords : mais, toi, Callidémide, Qui termina tes jours?
CALLIDÉMIDE.
Une coupe perfide.
Tu connais Ptéodore?
ZÉNOPHANTE.
Oui, ce riche barbon Que tu chérissais tant... pour son or.
CALLIDÉMIDE.
Pourquoi non?
Sans enfants, il daigna, par quelque préférence, Payer mes tendres soins, du moins en espérance. Quand je vis cependant qu'il traînait en longueur. Je pris, faut-il le dire ? un parti de rigueur : Dans sa coupe profonde incessamment tarie,
L'échanson dut verser un poison d'Assyrie, Excellent, s'il en fut; je l'ai trop éprouvé ! A cet honnête emploi l'échanson réservé Comptait sur ma parole; en effet, elle est sûre. Et je l'affranchissais, après notre aventure.
ZÉNOPHANTE.
Eh bien! le dénoûment?
CALLIDÉMIDE.
Nous revenions du bain, Quand l'esclave, tenant deux coupes à la main , L'une avec le poison et l'autre sans mélange, Commit, en les offrant, une méprise étrange. Ptéodore accepta, sans se douter de rien. Je bus, et tombai mort; il but, et dîna bien. Peut-être, en ce moment, l'âme enfin rassurée, Il savoure un vin frais dans sa coupe épurée, Et rit à mes dépens... Quoi ! tu ris à ton tour, Zénophante !
ZÉNOPHANTE.
Pardon. O dieux! le plaisant tour!
De tout cela, dis-moi, que pensa Ptéodore?
CALLIDÉMIDE.
Je sais qu'après huit jours il frissonnait encore. Du serviteur fidèle il distingua les soins; Mais il le renvoya : l'on en renvoie à moins.
ZÉNOPHANTE.
Trop pressé, tu perds tout, ayant tout à prétendre. Tout vient à point, dit-on, mais à qui sait attendre.
Traductions. 285