DIALOGUE VIII
PLUTON, MENIPPE, CRESUS, MIDAS, SARDANAPALE.
^.,^ CRÉSUS
I^ luton, chasse Ménippe? Il nous chasse d'ici.
PLUTON
Quel mal vous peut-il faire? Il est mort; vous, aussi.
CRÉSUS
Quand je pleure parfois ma riche capitale; Quand Midas appauvri plaint sa perte fatale; Lorsque Sardanapale, en proie aux vains désirs, Sur sa couche de fer appelle les plaisirs, Ménippe chante alors, et son aigre ironie Nargue notre chagrin, rit, et nous calomnie.
PLUTON
Ménippe, on t'interpelle?
MÉNIPPE
Eh ! grand dieu, je le sais !
Traductions. 28
Ils me haïssent presque autant que je les hais. Entre nous, désormais les chaînes sont rompues. Je dévoue au mépris ces âmes corrompues, De là-haut, ici-bas, rêvant encor les biens. Ce sont là leurs plaisirs : or, chacun a les siens ; Moi, je fronde.
PLUTON
Leur sort a besoin d'indulgence :
Ils ont beaucoup perdu.
MÉ NIPPE
Quoi! d'une telle engeance, Pluton le protecteur? lui, l'effroi des pervers !
PLUTON
Je voudrais, s'il se peut, du repos aux enfers : Car, entre eux lorsqu'il règne un peu plus d'harmonie, Les morts sont quelquefois fort bonne compagnie.
MÉNIPPE
Lydiens trépassés, et vous, morts Doriens ! Phrygiens indolents, pompeux Assyriens !
Pour vous, plus de répit : il faut que ma satire Impose à votre oreille un éternel martyre.
CRÉSUS
Ah ! s'il n'insulte point, que fait-il .?
MÉNIPPE
Insulter, C'est prétendre aux honneurs où l'on ne peut monter;
Œuvres de Millevoye.
C'est; comme vous^ braver, dans un délire extrême,, L'homme, la liberté, la mort, et le ciel même.
Que d'or je possédais