‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 52 sur 120 · DIALOGUE XI · texte numérisé non relu

DIALOGUE XI

MENIPPE, CERBÈRE.

MÉNIPPE

Cerbère, cher parent (puisqu'ici l'on veut bien A mon nom trop commun joindre celui de chieii)^ Apprends-moi, par le Styx ma bouche t'en conjure, De Socrate arrivant quelle fut la figure ? Chien tout ensemble et dieu, tu dois non seulement Aboyer avec art, mais parler doctement.

CERBÈRE

Socrate ? Il fit d'abord fort bonne contenance ,

Car on le regardait : son maintien, son aisance,

Tout annonçait un sage au-dessus de la mort.

Mais lorsque, s'approchant du lamentable bord.

Il sentit de brouillards sa vue appesantie ;

Quand ma gueule hâta sa marche ralentie.

Et de son pied traînant ranima la langueur.

Dès lors plus de maintien, plus de mâle vigueur :

Il criait, il pleurait à nous déchirer l'âme :

Je crois même, je crois qu'il regrettait sa femme !

288 Œuvres de Millevoye.

MÉNIPPE

Ce n'était qu'un faux sage : il eut peur de mourir.

CERBÈRE

Enfin, ne sachant plus à quels dieux recourir, D'un courage d'emprunt il couvrit sa faiblesse, Et soutint de son mieux son renom de sagesse. Oh ! combien j'en ai vu , courageux dès l'abord , N'arriver qu'en tremblant sur le lugubre bord !

MÉNIPPE

Et moi, tremblais-je ?

CERBÈRE

Non ; je dois le reconnaître, Fier cynique! On le voit, Diogène est ton maître. Vous vîntes ici-bas, satisfaits du destin, Comme deux voyageurs qu'on invite au festin. Vrais sages, vous laissez la folie à la terre. Les larmes à l'enfance et la crainte au vulgaire.

Traductions. 289

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