‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 60 sur 120 · PLUTON, MERCURE · texte numérisé non relu

PLUTON, MERCURE

erciire^ connais-tu ce vieillard décrépit, Cet opulent Eucrate, assiégé, sans répit, Des soins officieux de tout son voisinage ?

MERCURE

Il a, dans .Sicyone, un immense apanage ;

Et, pour lui, sous ses yeux clignotants et charmés.

L'olive au loin mûrit sur les monts parfumés.

PLUTON

Un siècle il a vécu ; qu'il vive un siècle encore ! Quant à ses vils flatteurs, Damon et Pol3"dore, Et d'autres aigrefins^ courtisans du vieillard, L'im après l'autre, ici conduis-les sans retard.

Cela sera plaisant.

MERCURE

Bien moins que raisonnable.

De quel front osent-ils, par un vœu condamnable,

Traduc lions.

Aspirer son trépas, et, sans aucun lien,

Sans aucun droit, se faire héritiers de son bien ?

Encore s'ils étaient fripons avec franchise !

Mais leur cupidité finement se déguise :

Le vieillard est malade : « En hâte, au médecin

Courez, Damon ! » Damon y court, non sans dessein;

Tandis que, l'œil au ciel, le rusé Polydore

Sacrifie un vieux coq, en l'honneur d'Epidaure.

C'en est trop : je prétends faire Eucrate immortel,

Et livrer ses vautours au supplice étenrel.

MERCURE

Ce moyen de punir est piquant, je l'avoue.

Passablement déjà le bonhomme les joue.

Le soir vient ; il s'endort : « C'est mon dernier sommeil !' »

Leur dit-il. Le matin, il est frais et vermeil.

Mais ils vivent d'espoir : repus de leur chimère,

Ils parlent de galas, en faisant maigre chère.

PLUTOX.

Je veux voir, en ce jour, Eucrate rajeuni , Et les rides s'enfuir de son front aplani. Surtout amène-moi mes coureurs d'héritages,

MERCURE

De tout mon cœur. Leur nombre est le nombre des sages ; Je te les promets tous.

PLUTON

Cours, et, sans différer, Qu'Eucrate ait le plaisir de les voir enterrer.

308 CEuvres de Alillevoy e.

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