PLUTON, MERCURE
erciire^ connais-tu ce vieillard décrépit, Cet opulent Eucrate, assiégé, sans répit, Des soins officieux de tout son voisinage ?
MERCURE
Il a, dans .Sicyone, un immense apanage ;
Et, pour lui, sous ses yeux clignotants et charmés.
L'olive au loin mûrit sur les monts parfumés.
PLUTON
Un siècle il a vécu ; qu'il vive un siècle encore ! Quant à ses vils flatteurs, Damon et Pol3"dore, Et d'autres aigrefins^ courtisans du vieillard, L'im après l'autre, ici conduis-les sans retard.
Cela sera plaisant.
MERCURE
Bien moins que raisonnable.
De quel front osent-ils, par un vœu condamnable,
Traduc lions.
Aspirer son trépas, et, sans aucun lien,
Sans aucun droit, se faire héritiers de son bien ?
Encore s'ils étaient fripons avec franchise !
Mais leur cupidité finement se déguise :
Le vieillard est malade : « En hâte, au médecin
Courez, Damon ! » Damon y court, non sans dessein;
Tandis que, l'œil au ciel, le rusé Polydore
Sacrifie un vieux coq, en l'honneur d'Epidaure.
C'en est trop : je prétends faire Eucrate immortel,
Et livrer ses vautours au supplice étenrel.
MERCURE
Ce moyen de punir est piquant, je l'avoue.
Passablement déjà le bonhomme les joue.
Le soir vient ; il s'endort : « C'est mon dernier sommeil !' »
Leur dit-il. Le matin, il est frais et vermeil.
Mais ils vivent d'espoir : repus de leur chimère,
Ils parlent de galas, en faisant maigre chère.
PLUTOX.
Je veux voir, en ce jour, Eucrate rajeuni , Et les rides s'enfuir de son front aplani. Surtout amène-moi mes coureurs d'héritages,
MERCURE
De tout mon cœur. Leur nombre est le nombre des sages ; Je te les promets tous.
PLUTON
Cours, et, sans différer, Qu'Eucrate ait le plaisir de les voir enterrer.
308 CEuvres de Alillevoy e.