‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 64 sur 120 · DIALOGUE XVIII · texte numérisé non relu

DIALOGUE XVIII

MENIPPE, TANTALE.

MÉ NIPPE

Sur le bord de ces eaux, qu'as-tu donc à pleurer, Tantale?

TANTALE

Par la soif je me sens dévorer.

MÉ NIPPE

Baisse-toi ; que ta main en coupe s'arrondisse : Tu boiras à loisir.

TANTALE

Non, tel est mon supplice, ■Que, malgré mes efforts répétés tous les jours, L'eau fuit toujours ma main qui la puise toujours.

MÉ NIPPE

Pourquoi boire? Ton corps eut ce besoin vulgaire; Mais tu n'es plus qu'une âme : une âme ne boit guère.

TANTALE

L'enfer, pour me punir, a donc changé ses lois!

OEuvres de Millevoye.

MENIPPE.

Après tout, que crains-tu ? L'on ne meurt pas deux fois.

TANTALE

Ma soif est un tourment plus qu'un besoin encore.

MÉNIPPE

Mieux te vaudrait, je crois, avaler l'ellébore.

TANTALE

L'ellébore, n'importe. En as-tu ? le boit-on ? Donne ?

MÉNIPPE

L'on ne boit plus, au séjour de Pluton : Pas une ombre n'obtint ce plaisir en partage. Pluton, sur toi, nous laisse un unique avantage, C'est d'avoir mieux appris, sur ses arides bords, A laisser aux vivants ce qu'il refuse. aux morts.

Traductions. 31^

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