‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 68 sur 120 · ALEXANDRE, PHILIPPE · texte numérisé non relu

ALEXANDRE, PHILIPPE

PHILIPPE

Eh bien ! notre immortel ? Maintenant, je l'espère, Tu ne peux plus nier que je ne sois ton père? Le fils d'Ammon vivait, le mien est trépassé.

ALEXANDRE

A maintenir ces bruits, j'étais intéressé : Tous ces oracles faux me remplissaient de joie.

PHILIPPE

Tu ne rougissais pas de te livrer en proie A de vils imposteurs ?...

ALEXANDRE

Ils me servaient au mieux :

Les Barbares tremblaient, au nom du fils des dieux. Pour de plus grands périls, je gardais mon audace, Et ma divinité combattait en ma place.

318 OEuvres' de Millevoye.

PHILIPPE

Oui, mais quels ennemis! des archers vagabonds, Se cachant sous l'osier de leurs boucliers ronds. Parle-moi de ces Grecs, dignes des temps antiques, Nés dans la Béotie ou sur les bords altiques ! L'Arcadien, couvert et de fer et d'acier; Le fier Thessalien , et son ardent coursier ; L'Éléen, renommé par sa flèche rapide, Et le Mantinéen au bouclier solide ; L'Illyrien, le Thrace et les Péoniens : Voilà des ennemis, et ce furent les miens. Mais le Perse, étalant son luxe ridicule. Mais le Mède indolent, le Chaldéen crédule ! Cléarque, chef obscur de dix mille soldats, Les vainquit, avant toi, sans livrer de combats.

ALEXANDRE

Vous conviendrez, du moins, que j'eus quelque mérite A dompter l'Indien, à subjuguer le Scythe ? Trop noble pour user d'insidieux discours, J'ai combattu sans fraude et vaincu sans détours; La Grèce, d'elle-même, à mes lois s'est rangée ; Thèbe, on te le dira, ne fut point ménagée.

PHILIPPE

Je connais les exploits, dont tu peux te vanter; Clytus a pris le soin de me les raconter, Clytus qu'en un festin tu perças d'une lance. C'était sa faute, aussi. Quoi ! pousser l'insolence Jusques à préférer mes triomphes aux tiens!

Traductions.

Quittant le court manteau des Macédoniens,

Tu portas des Persans la robe efféminée,

Et la tiare d'or, à leur goût façonnée :

Je sais tout. Tu voulais, à titre de faux dieu,

Qu'en notre Macédoine on t'adorât un peu ;

Mais ton ambition ne fut pas satisfaite.

Dans son propre pays, nul n'est dieu ni prophète :

Sais-tu ce qui surtout excite les clameurs?

C'est d'avoir, des vaincus, pris lâchement les mœurs.

J'y joindrai tes fureurs, au meurtre toujours prêtes :

Témoin, plusieurs savants que tu livras aux bêtes,

Pour Roxane ta longue et folle passion,

Et certain goût trop vif pour ton Éphestion.

Un seul trait, selon moi, fait honneur à ton âme :

De Darius vaincu, tu respectas la femme.

Quoique belle ! et du prince, accueillant près de toi

La mère et les enfants, tu fus vraiment un roi.

ALEXANDRE

Tu ne consens donc pas à louer ma vaillance. Lorsqu'au sein des cités faisant briller ma lance, Seul, entré le premier sous leurs murs embrasés, Je frayais des chemins, de mon sang arrosés !

PHILIPPE

J'approuve fort qu'un roi, quand il le faut, s'expose. Pour toi, monarque et dieu, c'était tout autre chose; Tu conçois qu'un échec à ta divinité Aurait bien compromis ton immortalité.

Un dieu, du médecin recevant l'ordonnance,

OEuvres de Millevoye.

Eût fait, sans contredit, mauvaise contenance.

On persifle là-haut ton cadavre divin ;

Ton faux titre n'était qu'un avantage vain ;

On ne s'étonnait plus de te voir invincible :

Pour les dieux, disait-on, il n'est rien d'impossible.

* ALEXANDRE

Entre Hercule et Bacchus, on m'élève un autel : Je les ai surpassés.

PHILIPPE

Tu refais l'immortel :

Je t'y prends. Ah ! rougis de tes travers sans nombre: L'orgueil est toujours sot, et surtout chez une ombre.

Traductions, 321

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