‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 22 sur 62 · DE LA PREMIÈRE ÉDITION · texte numérisé non relu

DE LA PREMIÈRE ÉDITION

Ce petit poème ?i' était d'abord qu'une èpître de peu d'étendue * adressée à ma mère. Je présentai cette èpître au dernier concours de V Académie française, qui, me décernant le prix de poésie, daigna m' accorder sa première mention honorable. Dans un Rapport lu à la séance publique de nivôse an XIII, M. Collin d'Harleville rendit compte de ma pièce avec autant de grâce que de bienveillance'^ .

Je dois juger très favorable U7ie circonstance qui m' a mis en relation avec des hommes aussi estimables par leurs qualités personnelles que distingués par leurs talents. L'accueil dont ils m'ont honoré a échauffe mon

1. De l'imprimerie de Crapelet, à Paris, chez Lefèvre, libraire, rue Hautefeuille, an XIII (i 805), in-ia.

2. Parmi plusieurs autres poésies mentionnées dans ce Rapport, M. Collin d'Harleville a appelé plus particulièrement l'attention sur VÉpître d'un habitant de la campagne à un habitant de la ville; il en a cité des morceaux qui ont recueilli de justes applaudissements. {Note de l'auteur.)

yS OEuvres de Millevoye.

zèle et ma engage à donner plus de développement au sujet que f avais choisi.

C'est sans doute im sujet heureux, puisqîi'il intéresse tous les cœurs. Peut-on se rappeler sans attendrissement celle qui, enfants, nous prodigue son lait et ses caresses; jeujies, nous ramené de nos erreurs; heureux, double nos plaisirs; malheureux , partage nos peines; celle ejifin qui nous fait le sacrifice de toute sa vie pour einbellir la nôtre, et qui, souvent payée d'une cruelle ingratitude, ne se venge qu'en nous aimant davantage?

J'ai eu le bonheur de m occuper de mon épître, aux lieux les plus capables de m'inspirer. Elle fut faite d'un jet et envoyée au concours avec ses incorrections, mais je l'avais composée près de ma mère, sous le ciel de ma patrie, et, si j'ose m exprimer ainsi, en présence du tombeau de mon père. Entouré de souveiiirs à la fois tristes et doux, les émotions ne me laissaient pas le temps de juger et de réfléchir: il est dijfficile de distinguer les fautes avec des yeux baigJiés de larmes. Je n'en ai pas moins gardé la douceur d'une double inspiration. Hetireux le travail qui porte avec lui sa récompense! Heureux l'auteur qiU laisse tomber de sa plume des vers faits par son cœtirf Quand il a cessé d'écrire, il ne croit pas avoir écrit, il croit sortir d'un ejitretien plein de charmes avec les objets aimés qui lui restent, même avec ceux qu 'il a perdus.

On n'a pas encore établi de classes distinctives pour les poèmes qui, comme celui-ci, n'ont d'autre action que les épisodes, d'autres héros qu'un sentiment. Le nom qui leur conviendrait le mieux serait peut-être celui de

Poèmes didactiques. 79

poème moral. Cette source de beaux vers est facile à s'épuiser. Des épisodes et des tableaîix ne peuvent pas, seids, soutenir longtemps l'intérêt. Sans doute, il y a loin de ces peintures circonscrites à celles d'un poème d'action. C'est là que l'on peut parler en même temps à l'imagination, à l'esprit, à l'âme, et que la poésie prend tout son essor.

L'origine du poème moral n'est pas très reculée. Feutry en avait donné l'idée, dans les Tombeaux et les Ruines, mais plusieurs beaux vers ne forment pas un ouvrage. Un de nos poètes modernes ^ a été plus heureux, dans les Souvenirs, la Mélancolie, la Sépulture, et plus récemment le Mérite des femmes, // compte q^ielques imitateurs. Ofi lit avec intérêt le poème de l'Espérance^, écrit avec autant d'élégance que de pureté, et où. l'on distifigue le touchant épisode de Nina.

Sans prétendre atteindre les ailleurs qui m'ont précédé dans cette carrière, fai cherché seulement à les suivre.

Je me présente, non sans quelque défiance, devant le même public qui a bien voulu accueillir avec indulgence mes premiers essais "^ : fai travaillé avec soin l'oîcvragc que je lui présente aujourd'hui; fai refondu même

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