I. M'"*' Deshoulières
Poèmes didactiques. 75
Et lorsque Sévigné, dans son style enchanteur, Réjouit les Cotins d'un oracle menteur.
Hué chez Melpomène et tombé chez Thalie, Voyez ce vieux rimeur, à la face pâlie, Mordre sa lèvre altière, et subir en grondant Ce concert de bravos, pour lui seul discordant; Si le malin plaisir en ses yeux étincelle. Malheur, trois fois malheur à la muse nouvelle ! Mais, si son œil est terne et son front obscurci, Apollon soit loué ! L'ouvrage a réussi.
Que risible est l'orgueil du poète qui s'aime ! Dans la nature entière, il ne voit que lui-même; Tout est lui, Parle-t-il .'' Le moi retentissant. Dans sa bouche, en une heure, est cent fois renaissant. Écrit-il? Dans ses vers, c'est lui qui se proclame : Lui seul enfin, lui seul remplit toute son âme. D'une docte amitié dédaignant les douceurs. Il ne se souvient pas que les muses sont sœurs; Il n'a goûté jamais la volupté suprême De s'entendre applaudir dans un autre soi-même ; Et, ses vers exceptés, n'aimant rien qu'à demi... Malheureux ! vingt succès valent-ils un ami ?
O Racine ! ô Boileau ! véritables modèles Des rares écrivains et des amis fidèles ! L'un à l'autre enchaînés jusque dans l'avenir. Vos deux noms fraternels n'ont pu se désunir. La mort seule brisa votre chaîne invincible. Quand l'un de vous, trop faible, hélas! et trop sensible,
'j(i Œuvres de Millevoye.
Disgracié d'un roi dont il blessa l'orgueil, Va payer de sa mort le refus d'un coup d'œil, Avec un long effort, près de la dernière heure, Sa voix éteinte adresse à l'ami qui le pleure Un seul mot, où son cœur s'exhale tout entier : « Je meurs heureux, dit-il, car je meurs le premier. »
Prétendez-vous, comme eux, vivre dans la mémoire ? Egalez leurs vertus pour atteindre à leur gloire. Un génie obscurci d'envieuses vapeurs Ne jette qu'un feu pâle et des éclairs trompeurs. Accablez de ses torts celui qui vous irrite. Mais ne déguisez point l'éloge qu'il mérite. Par des mortels jaloux vous êtes outragés ? Soyez justes pour eux, et vous serez vengés.
Imprudents ennemis! n'allez point, dans la lice. Des sots toujours ligués réjouir la malice : L'un à l'autre plutôt servez-vous de soutiens. Qu'ils renaissent pour vous, ces heureux entretiens. Où s'échauffe l'esprit, où l'âme se réveille. Où le choc fait jaillir la flamme qui sommeille. Où le goût, rallumant son antique flambeau. Avertit l'écrivain des nuances du beau ! Songez-y; les enfants divisés par la haine Appauvrissent bientôt le paternel domaine : N'immolez point le vôtre à de fougueux débats. Disputez- vous la palme, et ne la brisez pas.
L'AMOUR MATERNEL
AVERTISSEMENT