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II. fend les flots et touche le rivage

Ses compagnons le suivent... Le berger,

Posant son luth sur la roche prochaine.

Arme sa main du rameau d'un vieux chêne,

Marche au-devant du farouche étranger.

Et d'une voix menaçante et tranquille :

« Chef inconnu ! qui t'amène en cette île ?

Qu'y cherches-tu. Réponds ? — Ce n'est pas toi.

— N'avance pas ! — Qui me le défend ? — Moi.

— Quel chef puissant règne sur ce parage ?

— Moi ! — Tu me plais. Aurais-tu du courage ?

— Tu le verras. — Je te protégerai.

Le camp danois vaut bien ton pâturage ; M'y suivrais-tu? — Je t'y précéderai.

— Quel es-tu donc ? — Que t'importe ? Peut-être,

208 OEuvres de Millevoye.

Dans peu d'instantvS, je me ferai connaître :

Combats toujours ! — Tu vas, faible pasteur,

De cet acier sentir la pesanteur.

— Frappe, et tais-toi. » Frémissant de l'injure,

Ubba, de l'œil, quelque temps le mesure.

Et .la vengeance est au fond de son cœur.

Mais, du combat craignant déjà l'issue,

Tous les Danois, sur Alfred élancés,

Vont l'accabler; il lève sa massue.

Frappe, redouble, écrase à coups pressés

Les plus hardis, à ses pieds terrassés.

Le reste au loin s'enfuit sur le rivage.

Ubba, les yeux étincelants de rage,

Fond sur Alfred; mais Alfred, sans terreur,

Lui laisse user sa force et sa fureur.

Bientôt, joignant la valeur et l'adresse,

De toutes parts il l'attaque, il le presse;

Seul il l'entoure, et le pâle Danois

Trouve en un seul dix guerriers à la fois.

Du fer rompu l'inutile poignée

Reste en sa main; il pousse un cri d'effroi.

Alfred s'arrête, et lui dit : « Remets-toi ! »

Le fier Ubba voit sa vie épargnée ;

Il s'en indigne : « Insolent ! tu mourras ! »

La forte hache arme aussitôt son bras.

Terrible, il lève au-dessus de sa tête

Le coup pesant, que sa vengeance apprête.

A sa rencontre, Alfred s'est élancé;

D'un choc affreux le Danois renversé

Succombe : « Eh bien ! dit Alfred, que t'en semble ?

Poèmes héroïques. 26^

Faible pasteur^ j'ai vaincu le Danois.

Oseras-tu nier, une autre fois,

Que je sois pâtre et guerrier tout ensemble?

— Honneur à toi ! » dit le fils de Recner;

Et, pour frapper, il soulève le fer.

Alfred échappe à sa rage trompée ;

Des mains du traître il arrache l'épée.

Et d'un sang noir fait ruisseler les flots.

Interrompant sa menace inutile.

Le Danois rit, et meurt. Dans le repos,

Tout rentre alors, et le berger tranquille

Va retrouver son luth et ses troupeaux.

270 OEuvres de Millevoye.

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