‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 7 sur 62 · I. Allusion à ces vers de Frédéric à d'Arnaud · texte numérisé non relu

I. Allusion à ces vers de Frédéric à d'Arnaud

Mais Voltaire est à son déclin, Et vous êtes à votre aurore.

(Noie de l'auteur.')

Dialogues. 19

FRÉDÉRIC

Votre aveu prouve^ au moins, une franchise austère.

VOLTAIRE

« Romains J'aime la gloire, et ne veux point m'en taire »,

S'écriait Cicéron dans mon Catilma.

Pourquoi cacher l'orgueil, quand tout le monde en a ?

FRÉDÉRIC

Vous avez sur la gloire une belle hypothèque.

Vous formez à vous seul une bibliothèque;

Seul, vous réunissez, en prose comme en vers,

La réputation de trente auteurs divers.

Peut-être, toutefois, fleuve inondant l'espace.

Qui perd en profondeur ce qu'il gagne en surface.

Prodiguant de vos flots le tribut généreux,

Avez-vous abreuvé des canaux trop nombreux.

N'abuse pas qui veut; et tel auteur vulgaire.

De votre superflu, ferait son nécessaire.

Mais ce que j'aime en vous, c'est ce fonds d'équité,

Ce zèle infatigable envers l'humanité :

C'est Calas défendu; c'est le jeune La Barre,

Vengé d'un jugement fanatique et barbare :

C'est un peuple nouveau, par vos soins rassemblé,

S'augmentant chaque jour, de vos bienfaits comblé;

Florissante peuplade, heureuse colonie.

Que fondait à Ferney le repos du génie !

Vous leur donniez les champs cultivés de leur main ;

Le malade eut des soins, et l'indigent du pain.

Les vieillards secourus, les veuves assistées.

20 OEuvres de Millevoye.

Les orphelins nourris, et les filles dotées : Fut-il un passe-temps plus noble et plus moral ? Voltaire était un roi; j'étais un caporal.

VOLTAIRE

Jugez- vous mieux : « sera relevé, qui s'abaisse », Comme certain verset le dit avec sagesse. Honneur à vous ! honneur aux princes éclairés ! Le Welche n'est pas fort en monarques lettrés. Louis le quatorzième, encor qu'en gros volumes On vienne d'imprimer ses ouvrages posthumes. Ecrivait mal en prose, et point du tout en vers. Et s'il jugeait, parfois il jugeait de travers. Tant d'autres souverains, d'ignorance profonde...

FRÉDÉRIC

Je voudrais bien savoir ce que l'on fait au monde. Ce que nous y ferions nous-mêmes, si le sort Obtenait pour nous deux un congé de la mort?

VOLTAIRE

Ce que nous y faisions. Revenu sur la terre. Vous chanteriez encor le bel Art de la guerre; Vous vous plairiez encore à battre les Pandours ; Vous iriez rimaillant et les nuits et les jours ; Vous loûriez Baculard, selon votre coutume; Vous me feriez passer, volume par volume, De vos vers prussiens le fotras ennu3^eux ; Je les corrigerais : ils n'en vaudraient pas mieux.

Dialogues. 2i

FRÉDÉRIC

Et, vous, toujours fidèle à vos humeurs quinteuses. Vous recommenceriez vos querelles honteuses : Vous traiteriez toujours Desfontaine et Fréron, L'un de cuistre fieffé, l'autre d'Aliboron; Et, du cousin Vadé prenant les termes sales, Vous seriez de nouveau plagiaire des halles : Vous garderiez encor les travers d'un vieillard, Qui commença trop tôt et qui finit trop tard ; Vous feriez Soplionisbe , et Minos, et les Guèhres; Heureux de dérober, sous vos palmes célèbres, La ronce et les pavots qu'on vous a vu cueillir ! Heureux d'avoir acquis le beau droit de faillir 1 y

Je n'en bénis pas moins le soit qui nous rassemble. Au fleuve où tout s'oublie, allons trinquer ensemble. Nous avons été francs ; nous nous l'étions promis : Nous voici désormais quittes et bons amis.

UJO'T

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