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Oeuvres

Millevqye avait prévu sa mort, dès le début de la maladie de consomption à laquelle il devait inévitablement succomber : il s'était alors préoccupé de préparer une édition définitive de ses poésies, et il travaillait sans cesse, presque jour et nuit, à cette édition, qu'il considérait comme son testament littéraire; elle n'était pas entièrement revue et prête pour l'impression, quand il cessa de vivre, avant d'avoir achevé sa tâche, le 12 août 18 16. C'est là l'édition posthume de ses Œuvres complètes, que ses amis Jean Dumas et Charles Nodier eurent mission de publier, selon le dernier vœu du défunt, et qui ne parut qu'en 1822, chej le libraire Ladvocat, édition faite d'après les manuscrits de l'auteur et formant 4 volumes in-8°,y compris un volume ^f'Œuvres inédites. Nous avons pris cette édition comme base de la nôtre, et il nous a paru indispensable d'en conserver scrupuleusement le texte tel qu'il avait été établi par l'auteur. Mais nous n'étions pas tenu de respecter (ce qui, d'ailleurs, importe peu) l'ordre des pièces et l-cur classement systématique, d'autant plus qu'il f al-

II Préface de l'Éditeur.

lait fondre les œuvres inédites avec les œuvres anciennes : nous avons donc groupé, dans un ordre différent, la plupart des pièces, qui composent l'ensemble des œuvres deMillevoye,et nous les avons classées autant que possible par genres et par analogies. Si nous n'avons rien changé au texte que Millevoye avait adopté définitivement, nous nous sommes attaché à mettre en regard de ce texte la plupart des variantes que nous fournissaient les éditions partielles , antérieures à l'édition collective des œuvres complètes. Ces variantes offrent souvent un texte préférable, sous tous les rapports, au texte de cette édition de 1822. Millevoye, comme l'a dit Charles Nodier, était « tourmenté du démon de la correction » ; il j^emaniait sans cesse ses ouvrages, ceux-là même qui avaient obtenu le plus de succès; il ne se lassait pas de les modifier, et, malheureusement, sans les améliorer. Il les affaiblissait, il les gâtait même, au contraire, et les vers nouveaux, qu'il avait mis à la place de très bons vers, sinon des tneilieurs, témoignaient de l'inutilité ou de l'insuffisance de ces changements continuels. On trouvera, dans les nombreuses variantes que nous avons recueillies, beaucoup de morceaux et même des pièces entières, qui ne méritaient pas d'être retranchés de l'œuvre du poète.

Nous avons ajouté à notre édition bien peu de pièces inédites, malgré nos persévérantes recherches pour ■♦

en découvrir ; mais, en revanche, nous devons nous féliciter d'avoir rassemblé, çà et là, en feuilletant les recueils de poésies publiés à Paris depuis 1800 ^\

jusqu'à 1820, une foule de pièces signées du nom de Millevoye ou de son initiale, que l'auteur avait négligé de réunir à ses œuvres ou qu'il en avait J

Préface d^ l* Editeur. m

exclues avec intention. Pendant près de vingt a)is, en effet, Millevoye éparpilla des romances, des chansons, des poésies fugitives, dans /'Almanach des Muses, /'Almanach des Dames, /'Hommage aux Dames, le Chansonnier des Grâces^ les Etrennes lyriques, et dans d'autres publications périodiques du même genre, où son talent délicat et gracieux était toujours le bienvoiu. Les premières éditions des ouvrages de Millevoye nous ont aussi donné un certain nombre de jolies pièces, qu'il avait laissées de côté plus tard, en ne les jugeant pas dignes d'être reproduites dans ses œuvres. Il y aurait eu sans doute bien plus d'additions à faire à cette édition considérablement augmentée, si l'on avait essayé de rendre à l'auteur toutes les pièces anonymes qu'il semait dans ces recueils, oii il ne voulait pas que son nom fût trop souvent répété. Mais la crainte de lui attribuer mal à propos une seule pièce qu'il n'aurait pas faite nous a rétenu et arrêté dans cette enquête, qui pouvait yious conduire à des découvertes très intéressantes, car nous savions que l'honorable fils de Millevoye, d'après le conseil et les indications de sa mère, s'était livré, bien avant nous, à des recherches analogues, qui n'avaient pas été sans résultat. Nous nous sommes donc borné à emprunter quelques pièces anonymes, à deux ou trois recueils dont Millevoye fut le principal ou le seul éditeur : le Chansonnier des Dames, ou Etrennes de T Amour (1801), /'Almanach littéraire ou Etrennes d'Apollon ^-f «^o 5; , /'Almanach des Dames (1806), etc.

Les manuscrits préparés par Millevoye pour l'édi' tion de ses œuvres complètes ont été perdus ou dispersés, selon toute probabilité, car nous n'avons pas

IV Préface de P Éditeur.

réussi à en retrouver la moindre parcelle. Ils étaient venus entre les mains de Charles Nodier, après avoir passé par celles de J. Dumas, qui avait accepté la tâche de revoir tous ces manuscrits et d'en détacher les pièces qui ne lui sembleraient pas mériter d'être imprimées. Il faut supposer que J. Dumas aura fçardé ces pièces comme un précieux souvenir de son élève et de son ami, puisqu'il ne rendit à la veuve de Millevoye que des fragments informes, des plans, des notes, des projets d'ouvrages, qui ne devaient intéresser que la famille de l'auteur. J. Dumas n'existe plus depuis longtemps, et nous avons cherché inutilement à savoir ce qu'étaient devenus les , autographes de Millevoye, qu'il pouvait avoir conservés. Charles Nodier est mort aussi, en 1848, et nous nous sommes assuré, auprès de son petit-fils, M. Mennessier-Nodier, qu'il n'avait pas laissé de manuscrits ayant servi à l'impression des œuvres complètes de Millevoye, publiées sous sa direction en 1822. Nous avions espéré arriver à la découverte de quelques poésies inédites, en nous adressant à des habitants d'Abbeville, qui se rappellent encore leurs relations avec la famille Millevoye. Ces espérances ne se sont pas réalisées. Enfin, il nous a même été impossible de retrouver une tragédie ^'Antigone, imitée de Sophocle, que nous connaissons par une admirable scène qui a figuré dans les notes de l'Amour maternel (seconde édition), et qui serait, disait-on, dans les archives de la Comédie française.

Notre édition, dont le texte ne diffère pas sensiblement de celui de l'édition de 1822, ne contient donc de nouveau qu'une centaine de pièces oubliées ou négligées par les précédents éditeurs et environ deux

Préface de V Edit eur.

mille cinq cents vers qui représentent la plus grande partie des variantes qu'on pouvait rassembler d'après les premières éditions de l'auteur. Toutes les pièces qui'nejigurent pas dans l'édition des œuvres de 1822, publiée sur les manuscrits de Millevoye, sont indiquées dans notre édition par un astérisque. C'est à ces travaux ingrats, plus longs et plus minutieux que difficiles, c'est à ces recherches qui demandaient seulement de la persévérance et du soin, que s'est borné notre rôle d'éditeur. Nous n'avons pas même essayé de faire pour Millevoye ce que M. Becq deFouquières a fait avec tant de talent et de bonheur pour André Chénier, en complétayit par des notes littéraires le texte de son poète favori, et en signalant surtout les imitations plus ou moins déguisées que ce grand poète empruntait sans cesse aux poètes de l'antiquité grecque et romaine.

Nous aurions pu augmenter notre édition en y ajoutant quelques écrits en prose de Millevoye, entre autres, son petit roman intitulé : Armand, ou les Tourments de l'imagination et de l'amour, ses feuilletons de critique théâtrale insérés dans Ze Journal de Paris en 18 1 2, ses notices sur les différents genres de poésie, insérées dans /'Encyclopédie poétique, de Capelle, etc. Mais il nous a semblé que Millevoye étant exclusivement un poète, ce serait diminuer son incontestable valeur de poète que de le présenter comme prosateur médiocre ou insignifiant.

Les notices biographiques qui ont été publiées jusqu'à présent sur Millevoye n'ont, à vrai dire, aucune importance : on y sent à chaque page le manque absolu de renseignements précis. C'est que la vie si courte et si rapide du poète a été absolument

VI Préface de l' Editeur.

dénuée d'incidents remarquables et de circonstances intéressantes : elle s'est résumée tout entière dans les efforts solitaires d'une vocation poétique qui n'avait pas d'autre objectif que le succès et la renommée littéraires. Charles Labitte, qui annonçait dans la Revue des Deux Mondes, il y a vingt-cinq ans, des Etudes sur les poètes de l'Empire, promettait de s'occuper de Millevoye et d'écrire sa biographie d'après des papiers de famille; mais il fut empêché par la mort de réaliser ce projet, et les papiers de famille qu'il avait entre les mains ne sont malheureusement pas arrivés dans les nôtres. Cette pénurie de documents authentiques et nouveaux nous a donc déterminé à supprimer, au dernier moment, une notice asse\ étendue, que nous avions esquissée, en nous inspirant de celle que le vieux professeur de Millevoye, J. Dumas, a rédigée, avec la mémoire du cœur, pour l'édition de 1822. Nous n'avons pourtant pas renoncé à nous faire aussi le biographe de notre poète bienaimé, sans nous rappeler l'opinion de Charles Nodier à ce sujet : a Millevoye est un de ces poètes, dont un homme, à qui tous les secrets des poètes sont connus ^ dit quelque part : La vie des grands écrivains est

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