LA DEMEURE ABANDONNEE
d lie est partie ! hélas ! Peut-être sans retour !
Elle est partie; et mon amour
Redemande en vain sa présence.
Lieux qu'elle embellissait, j'irai du moins vous voir !
A sa place, j'irai m'asseoir,
Et lui parler, en son absence.
De sa demeure alors je reprends le chemin. La clé mystérieuse a tourné sous ma main. J'ouvre... Elle n'est plus là... Je m'arrête, j'écoute...
Tout est paisible, sous la voûte
De ce séjour abandonné.
De tout ce qu'elle aimait, je reste environné. L'aiguille, qui du Temps, dans ses douze demeures, Ne marque plus les pas, ne fixe plus le cours.
Laisse en silence fuir ces heures
Qu'il faut retrancher de mes jours.
Plus loin, dans l'angle obscur, une harpe isolée,
Désormais muette et voilée,
44 OEuvres de Millevoye.
Dort, et ne redit plus le doux chant des amours. Sous ces rideaux légers, les songes, autour d'elle,
Balançant leur vol incertain, Des souvenirs du soir charmaient, jusqu'au matin, Le paisible sommeil qui la rendait plus belle.
Sur ce divan, étoile d'or,
Qu'inventa l'opulente Asie,
De ses cheveux je crois encor
Respirer la pure ambroisie.
Je revois le flambeau, qui près d'elle veillait,
A l'instant où sa main chérie
Traça dans un dernier billet
Ces mots : « C'est pour toute la vie... » Mots charmants ! Oh ! déjà seriez-vous effacés ? Ne resterait-il plus à mon âme flétrie. Qu'un regret douloureux de mes plaisirs passés?