‹ ŒuvresChapitre 20 sur 192 · LE SORT D'UN AMANT · texte numérisé non relu

LE SORT D'UN AMANT

J'étais jeune. Une Déesse, Des cieux pour moi descendit; Souriant, elle me dit :

« Je suis l'antique Sagesse. »

Son air de sincérité Ajoutait euQore aux grâces De sa douce austérité ; Elle ajouta : « Suis mes traces !

Je mène à la Vérité. »

Je la suivis ; mais les belles De moi détournaient les yeux.

« Ah! redisait l'une d'elles, Jeune sage est bientôt vieux. »

A ces mots, de ma Déesse Je pris congé sans retard, Et dis à l'enchanteresse :

« Prends pitié de ma vieillesse, Rajeunis-moi d'un regard ! »

Embrasé du feu lyrique,

Elégies.

J'osai, jusque dans les cicux, Suivre l'aigle audacieux^ En son essor pindarique.

Je vis les belles alors Accueillir d'un ris perfide Mes poétiques transports, Et ces colombes de Gnide S'enfuir devant mes accords.

Elles me disaient : « Compose De plus gracieux écrits, Dont le baiser, dont la rose Soient le sujet et le prix. »

A cette voix adorée Je ne pus rien refuser, Et de ma lyre effleurée Le chant n'eut que la durée De la rose ou du baiser.

Maintenant que ma jeunesse

Traîne des jours sans désirs,

Et que l'abus des plaisirs

Me condamne à la sagesse :

Les belles, le front glacé,

Me regardent comme une ombre;

Et pour elles, du passé,

Les baisers, doux et sans nombre,

Semblent un songe effacé.

Les ingrates m'osent dire :

« Nous te répétions toujours

62 Poésies de Millevoye.

Que les travaux de la lyre Usaient lentement tes jours. »

Plus que vous fidèle et tendre, Cette lyre, au monument, Avec moi voudra descendre ; Mais qui de vous, sur ma cendre.

Viendra rêver un moment?

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