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LES REGRETS D'UN INFIDELE

Oui, c'en est fait, Isore, un sentiment vainqueur Triomphe du nœud qui nous lie !

Pauvre Isore! j'ai vu Délie :

Délie a tous mes vœux, Délie a tout mon cœur.

Et, tandis que la nuit obscure Protège, loin de toi, nos muets entretiens;

Tandis que ma bouche parjure Appelle des baisers qui ne sont plus les tiens : Aux tremblantes lueurs d'une lampe affaiblie,

Tu relis le dernier serment

De l'infidèle qui t'oublie ; Tu songes à l'amour, et tu n'as plus d'amant ! ... Je suis déjà puni. Ta rivale a des charmes... Eh bien ! ton souvenir est encor plus puissant.

Je te pleure, en te trahissant :

La légère inconstance a donc aussi des larmes !

Jamais, hélas! oh! non, jamais L'orgueilleuse beauté, que malgré moi j'adore.

58 OEuvres de Millevoye.

N'aimera comme tu m'aimais; Je le sais, et pourtant je te fuis, pauvre Isore !

Ta confiance encore ajoute à mon malheur. - Parfois, sortant des bras de ta rivale heureuse, Fatigué des transports d'une nuit amoureuse, Je t'aborde, l'air vague, et le front sans couleur... N'importe ! Loin de toi, toute crainte est bannie ; Tu ne soupçonnes pas l'infidèle insomnie, Qui sur mes traits changés imprime la pâleur ;

Seulement, ta bouche m'accuse De consumer ma vie au sein des longs travaux.

Et de consacrer à ma muse L'heure où le doux sommeil balance ses pavots. Je souris tristement à l'erreur qui t'abuse. Mais lorsque tu me dis : « Je compte sur ta foi ; Ne m'abandonne pas, je me confie à toi! » Alors mon cœur succombe au trouble qui l'oppresse Je sens l'aveu cruel s'échapper à moitié ;

Et toi, tu crois à ma tendresse,

Qui n'est plus que de la pitié.

Quand finira l'erreur dont tu jouis encore.

Combien de larmes vont couler !

Je plaindrai tes douleurs, et, sans les consoler,

Je répéterai : « Pauvre Isore !.,. »

Périsse, périsse le jour.

Où la fière Délie usurpa ton empire !

Périssent ses attraits et son fatal sourire !

Périsse même son amour !

Elégies. 59

Ou'ai-jc dit ? Peut-être Délie, Vn jour, d'Isore en pleurs vengera l'abandon !

Oublié comme je t'oublie, Je viendrai, douce Isore, implorer un pardon; Mais en vain : le dieu qui console, Le temps aura donné ton cœur A quelque autre amant, moins frivole.

Et plus digne de son bonheur.

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