LA GAZELLE
Du beau chasseur amante désolée, Zora, plaintive, aux rivages persans.
Errait, un soir, et ses tristes accents Retentissaient du mont à la vallée.
Sous les rameaux d'un cèdre verdoyant.
Elle aperçoit la Gazelle tremblante, Qui se débat sur la terre sanglante, Et lève encor ses yeux vers l'Orient.
Zora soupire : « Hélas ! hélas ! dit-elle. Toutes les deux aurions-nous même sort ? Du beau chasseur le trait donne la mort. Et, comme moi, tu meurs, blanche Gazelle! Un jour, timide, et le front suppliant. Il vint, et dit : « Zora, ma bien-aimée. Tes yeux sont doux; ton haleine embaumée A la fraîcheur des brises d'Orient. »
Elégies. 13P
« Je l'écoutais : mon âme tout entière S'abandonnait h ses trompeurs accents.
Je le suivis, sous l'arbre de l'encens, Et je sentis se fermer ma paupière.
Le lendemain, le cruel, m'oubliant.
Portait ailleurs ses promesses volages ; Le jour d'après, il déserta nos plages, Et pour l'Europe il quitta l'Orient.
« J'adoucirai le mal qui te dévore, Jeune Gazelle ! Aux plaines d'Ispahan, Les végétaux, richesse du Persan, Pour te guérir, s'empresseront d'éclore.
Viens, avec moi, dans le vallon riant ; Viens avec moi, tu seras ma compagne; Et, chaque jour, pour toi, sur la montagne, J'irai cueillir le baume d'Orient.
« Quand, toutefois, l'inflexible Arimane Aura marqué le dernier de mes jours. Se racontant mes funestes amours.
On me plaindra dans la tribu persane.
Sous les rameaux d'un cèdre verdoyant.
J'irai mourir; et toi, blanche Gazelle, Tu dormiras, jusqu'à l'aube nouvelle.
Sur mon tombeau placé vers l'Orient. »