‹ ŒuvresChapitre 40 sur 192 · DU POETE PERSAN · texte numérisé non relu

DU POETE PERSAN

a voix, Zaïde, est celle du zéphyre;

D'un charme pur elle enivre mes sens.

Mais apprends-moi quelle savante lyre, De ces beaux vers , enfanta les accents ? . Oh! non, jamais roses de poésie, Trésors charmants de grâce et de fraîcheur. De tels parfums n'embaumèrent l'Asie; Ton baiser même aurait moins de douceur. »

— « De Bénamar, cet hymne fut l'ouvrage. Noble sultan ! Chantre de la valeur, Il fit briller la consolante image Du jour sans fin, dans un monde meilleur. Ses chants perdus furent sans récompense : Il s'en alla, vers les sables d'Iran, Avec sa fille, étoile d'innocence.

Toucher la lyre , au bruit de l'ouragan. »

Elégies. 141

— « Fidèle émir ! prends ma noire cavale ; Ses pieds légers sont l'aile de l'oiseau. Vole au désert , plus prompt que la rafale ; A Bénamar va porter cet-anneau.

Oui, j'en atteste et la nuit et ses voiles : De mes bienfaits je prétends le combler ; Du firmament les nombreuses étoiles, A ses trésors , ne pourront s'égaler.

« Que, sur tes pas, sa fille consolée

Vienne avec lui former d'heureux concerts !

Loin des regards , cette palme isolée

A trop longtemps fleuri pour les déserts. »

L'émir, pressant la cavale légère.

Part, comme un trait qui s'élance et qui fuit;

Et, sur sa route, une jeune étrangère,

Pâle et charmante, apparut, vers la nuit.

« O voyageur, qui, seul et sans retraite. Cours, égaré dans les sables d'Iran!

Que cherches-tu? » — « Je cherche le poète, . Ce Bénamar, la gloire du sultan. »

— « O voyageur ! Bénamar fut mon père ; Il a cessé de vivre et de souff"rir :

Ces hauts cyprès ombragent sa poussière, Et, près de lui, j'achève de mourir. »

— « Fleur de beauté ! que ton éclat renaisse ; Viens, sors enfin de ton obscurité;

Viens, et, pour toi, que rayonne sans cesse

OEuvres de Millevoye.

L'astre éclatant de la prospérité ! » — « Tu vois la tombe, où veille ma tristesse Tel est mon cœur; il ne peut se rouvrir. Mon père est mort; seul, il fut ma richesse : Pauvre il vécut, pauvre je veux mourir. »

Et, défaillante, elle embrasse en silence Le sol funèbre, objet de tous ses vœux; Et du cyprès, que la brise balance, L'ombre se mêle au noir de ses cheveux. Sa voix mourante, à son luth solitaire, Confie encore un chant délicieux; Mais ce doux chant, commencé sur la terre, Devait, hélas ! s'achever dans les cieux.

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