‹ ŒuvresChapitre 1 sur 32 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

A. BOHNÉ, LIBRAIRE,

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JUL 29 1921 *^ o

Le prince Charles de Ligne jouit d'une de ces réputations d'esprit que le temps , loin d'efiFacer, a plutôt consacrée et agrandie.

Sa causerie charmante et enjouée, ses inimitables saillies, sa finesse d'observation et sa vivacité d'esprit lui ont constitué, jeune encore, une renommée dans toutes les cours d'Europe et dans cette société élégante de la fin du XVIII^ siècle..

G IXTROULCTION.

Les mémoires du temps sont unanimes à constater cette supériorité que le Prince ne devait pas à sa naissance, si illustre qu'elle fût, — à ses exploits de guerrier, si divers que lussent les champs de bataille où il se trouva, — à sa fortune dont il fut du reste toujours si généreux , — mais à ses vives facultés naturelles : à son talent de causeur, à sa plume d'écrivain.

Le causeur n'existe plus pour nous ; l'homme aimable qu'enviaient tous les salons de Paris et de Vienne et que des reines même se disputaient, a disparu; l'homme de guerre est effacé; l'écrivain seul nous reste avec ses œuvres variées et considérables : encore dans ses œuvres, se trouve-l-il beaucoup de morceaux qui n'offrent aucun intérêt ou n'ont point de valeur; d'autres écrits sont spéciaux, tels que les Considérations sur Cart militaire.

Le Prince, rassemblant toutes les improvisations de sa plume rapide, sans les revoir ni les retoucher jamais, a laissé bon nombre de pages qui ne mérilaient même pas de (igurer dans le recueil de ses œuvres qu'il a publié, année par année.

Aussi dès 1808, M^'^de Slael faisail-elle déjh un choix de ses pensées et de ses Icllres; celle édilion.

quoique fort incomplète , fui bien vile épuisée ; à Genève, en 1809, on présenta au public un nouveau choix, tout aussi incomplet; une édition qui parut en 1822, en cinq volumes, contint pour la première fois les œuvres les plus remarquables laissées par le Prince ; mais là encore, beaucoup de morceaux charmants et qui méritaient certes une réimpression, furent laissés de côté, notamment le Coup d*œU sur Belœil, les Mémoires du comte de Bonneval, le Mémoire sur Paris, les Lettres à Eulalie sur les théâtres de société, une partie de la Correspondance, la gusrre de sept jours aux Pays-Bas. Une face entière du talent du Prince restait dans Tombre : la poésie.

Depuis bientôt quarante ans, les œuvres du prince de Ligne n'avaient plus été éditées et manquaient à toutes les bibliothèques, de façon que ce charmant écrivain, épistolaire, moraliste, peintre de portraits, poète, historien, romancier, n'était plus connu que de réputation sans pouvoir être apprécié dans ses écrits.

L'histoire et la critique littéraires remettaient chaque jour en mémoire le Prince , mais son nom seul, sa gloire parvenait au public.

La Belgique voyait la France, par l'organe de

M. Sainte-Beuve et de quelques autres critiques, revendiquer cet esprit aimable, cet écrivain gracieux. Et la Belgique longtemps ne protesta point; cependant le Prince nous appartient bien , et dans la galerie littéraire belge , il occupe certes un des premiers rangs.

M. de Reiffenberg, dans une curieuse étude sur notre auteur en 1843, rappela au paysoublieux un de ses enfants; M. N. Peetermans, en 1857, consacra tout un volume à retracer la vie et à analyser les œuvres du Prince et le ressuscitait véritablement, dans une appréciation où la sagacité le disputait à la science.

Notre but, en donnant cette nouvelle édition des OEuvres du prince de Ligne ^ est de remettre en lumière un écrivain qui honore notre littérature et a porté au loin à Tétranger le nom de la Belgique.

La France, TAllemagne, la Russie reliront avec plaisir le conteur qui passa , au milieu de ces contrées, tant d*années de sa vie et y a laissé de si profonds souvenirs. Les Belges retrouveront une des gloires qui illustrent le plus leur pays.

Comment mieux ouvrir une collection destinée à reproduire et à rassembler les œuvres des principaux

écrivains belges des XVIIPet XIX* siècles, que par les œuvres du prince de Ligne? Par lui, Tesprit compte chez nous ses lettres de noblesse. D^autres suivront qui marquèrent par la science, ou que l'histoire et la philosophie revendiquent avec honneur; d'autres encore qui se distinguèrent comme poètes. Mais dans cette galerie le Prince a une physionomie toute particulière.

A ceux qui dénient aux Belges la gloire littéraire, on peut opposer les noms illustres d'écrivains nés sur notre sol : les Froissart , les Commines , les Ghastelain pendant le moyen âge ; et le XVP siècle fournit à lui seul à la Belgique son Pascal et son Rabelais fondus en un même homme, et le XVIIP, pour ne parler que de Fauteur qui nous occupe, compte dans le Prince son Rivarol, son Chamfort, son La Bruyère peut-être, avec moins de profondeur d'observation et moins de nerf dans la phrase.

Sur ce sol étroit que se disputèrent tour à tour l'Espagne, l'Autriche et la France, il y eut toujours un vif amour des lettres, un culte sérieux de l'art. Et Ton a vu, — exemple plus rare, — notre noblesse fournir des écrivains remarquables. Tels furent au XVP siècle Philippe de Marnix, seigneur de

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PRINCE DE LIGNE

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