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MON CŒUR

ACCUSÉ PAR DES HYPOCRITES DE MES AMIS QUE JE NE NOMME PAS ET PAR QUELQUES EXAGÉRÉES DE LEURS AMIES.

Croi amet qui nunquàm aniavH,

Il est plus brillant à la guerre et en procès d'afHcher l'offensive, et si j'avais voulu attaquer ceux qui me noircissent aujourd'hui, je ne serais pas dans le cas de me défendre. vous, sexe charmant, qui laissez profaner le beau nom d'amour à ceux qui vous présentent un encens aussi indigne de vous îue de moi, entendez un accusé avant de le condam- ^6r. Écoutez la voix de l'innocence persécutée, et que mes juges soient eux-mêmes le prix de ma victoire.

Qui connaît mieux que vous, ô tribunal charmant, '6 pouvoir que vous exercez? Mais faut-il perdre un temps si précieux à discuter sur des choses généra- 'eiûent reçues. J'ai évité, j'ai peut-être plaisanté, je

l'avoue, CCS entretiens mystiques des jansénis d'amour. Adorer ce Dieu en silence, ne prend jamais son nom en vain, c'est toute ma religion.

C'est loin de ce que vous aimez, misérables caloa niateurs, qui, le verre à la main, osez insulter; ma tendresse. Elle est différente de la vôtre, j'en conviens. Cette gaîté bruyante avec laquelle vous m'accablez sous les traits de vos perfides accusations n'annonce point cette joie douce que sentent les bienheureux. Nous jouissons et nous plaignons nos frères qui ne jouissent pas. Vous rendez le dieu de Cytlière aussi terrible que celui d'Israël. Vous rendez son culte effrayant. Venez avec moi interroger ses oracles. Tombez, profanes que vous êtes, aux pieds de ses autels. Humiliez-vous. Baissez votre tête altière, écoutez ; il parle par ma voix.

« Trop prompts h prononcer, de faibles courtisans « osent quelquefois soupçonner mes ministres les « plus cliers. J'ai des apôtres dans le monde, qui a m'y prêchent sous des formes différentes. I-^ plus (( gaie, la plus franche n'en cache pas moins sou- « vent le fond le plus sensible. C'est celle qui plall « à l'amour. »

Il dit. Que dis-je moi-même? On dira : le désordre où me jette rétonnemeut d'une cause aussi étraiï^e m'éj^'aro. Sachez tuul apprécier, juj^cs inuial»l«'s; que l'icii n'écliappi' à vos ro;;ards curieux. Je phiidt» mal, mais j'aime hicMi. Que tout ce qui est nianiut» chez moi au coin île la sitieiirilé, tW la li'!i(li't'»e, île la lidélité, soit aulanl île r;iyous<h* lumière «pii, iaui;i<-

ses tous ensemble, viennent vous éclairer sur le compte d'un juste !

Appréciez, commentez et respectez chaque mot du dieu. On me prêche, dit-il, sous plusieurs formes. Sans doute. Quelquefois on le peint l'exemple des tyrans. Est-ce aune charmante petite divinité comme cela, servie par les trois Grâces toutes nues, qu'on fait sa cour par de la sévérité, de l'exigence et des définitions? Aimez et ne dissertez point.

Que nos faux dévots bannissent d'abord le mot de sacrifice. — Aime-t-on, quand on en fait? Des plaisirs, des fêtes, des bals que vous sacrifiez, ditesvous! J'ai vu des lettres de mes accusateurs. Et qu'y a-t-il de charmant loin de ce qu'on aime? Qu'y a-t-il de plus charmant que de s'enlever aux plaisirs du grand monde qu'on goûterait même ensemble, pour aller confondre son âme, sa pensée et ses sens dans le sein (j'allais dire de sa maîtresse), dans le sein de la retraite?

Ce n'est point aux accusés, même le plus injustement, à se permettre la plus petite légèreté sur un sujet aussi sérieux.

Si l'on croit avoir besoin de varier sa manière, de réchauffer, d'amuser; si vous avez des affaires, des raisons de santé, des voyages, des devoirs, des prétextes, quittez-vous, amants indignes, quittez les livrées de la puissance que je sers. Ne vous laissez point prendre (ô tribunal séduisant et toujours trop séduit) à ces inventions d'un cœur qui cesse d'en être un. Nous nous en reverrons, disent-ils, avec

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plus de plaisir; cela sera bien plus piquant. Ou bieu, nous nous verrons tantôt : nous ne nous parlerons pas ; nous cacherons notre amour. Hélas! il se cache si bien que , pour peu que les circonstances entretiennent cette dissimulation, il ne se retrouve jamais plus. L'amour est un enfant. Les enfants ne sont pas prudents. Sa mère ne l'était pas davantage. Elle fut surprise vinjct fois, sans compter l'accident. que tout le monde sait, avec le dieu de la guerre.

Des points ; des chapitres; des articles. Non. Point de rhétorique, d'ordre, de division. Le sentiment n'a point de règle; il dédaigne l'éloquence. Loin d'ici toutes ces ressources de mauvaises causes. Il ne me faut ni figure, ni comparaison, ni faux enthousiasme. Le mien est vrai; c'est ma maîtresse qui me dicte. Je l'ai vue encore ce matin. La chaleur du jour la fait jouir d'un doux repos. Peut-être même qu'elle rcvo de moi ; elle rêvera à moi au moins Ji son réveil. Dos citations dans mon mémoire!... Point de citations non plus. Ce n'est ni la Genèse, ni l'Apocalypse, ni Ckévon, ni Cujas, ni les Pères de l'Église, ni les Pères conscrits qui me soutiendront. Ce nVst ni rÉcriture, ni la tradition : c'est la révélation. CVsl (.'Ho qui a ('oril dans nos àinos la loi do wnwx \\v\\\ <liou tout-i)uiss;iiit. Horilrcz ni vniis-iiiêiin's »'t r^rjsuIlo/.-ia. C(* 110 s(Mil point vos vinix et vos iiôuvi';m:\ roiiiaiis (jiii vous (M.'lairn-oiil sur vos ilrvnii-s. Li-s icltros ol los o\rinp!»'S de >r"di'.SV//// >///<•<:. lr> i'\a,f'ralifms {W<^ ^^•llallfiIls, U's vits fliaiid> halIiiN -i Ir-. u.l par loijs CCS prii!> Oridcy dr nos joins ri !•'> Vfilli'-i'-

des plus jolies femmes de Paris ne feront pas mon codeu II est tout fait, il est gravé dans mon cœur.

Ce n'est point en s'exaltant jusqu'à trois heures du matin : ô temps précieux! plus fait pour prouver que pour disserter; ce n'est point en condamnant tout ce que rejette un joug imposant, qu'on se perfectionne. Ce n'est que l'amour-propre qui y gagne, rival indigne de mon maître. On sort de là enclianté de soi; on se croit meilleur : on prend l'ombre pour la réalité.

J'aurais mauvaise idée de mon amant, dit une femme, s'il me disait le secret de l'État; et moi, dit une autre, s'il voulait être heureux; et moi, dit une troisième, s'il ne voulait pas l'être. Je crois que celle-ci est dans le vrai. — Je serais désolée, s'il était jaloux; je le serais, s'il ne l'était pas. Qu aimet-on mieux, son amant mort, ou son amant infidèle?... Et des questions, des doutes, des maximes, des paradoxes, des égarements sans fin.

A quel âge s'adresse-t-on pour aimer ou pour juger? Chaque âge a son jargon; le mien est celui du milieu de l'âge, de celui où l'on plaît autant et où l'on aime le mieux.

Des airs, des triomphes de société, des rencontres, des fêtes, des surprises, des parties de plaisir, des séjours à la campagne, forment les premières liaisons. On croit se convenir, on se prend : on n'a point d'expérience; on croit être adoré : ou n'a encore trompé personne; on se trompe soi-même; on se quitte comme on s'est pris : on a été heureux

de s*avoir; on n'est pas malheureux de ne s*avoii plus. Voilà le commencement de noire vie; et ce qui nous arrive dix fois dans ce genre-là peut arriver une ou deux fois aux plus honnêtes femmes du monde.

Les hommes font les lois ; les femmes font les mœurs : c'est à elles qu'est réservé, peut-être plus qu'à nous , le droit de se tromper. Attaquées sans cesse, exposées à mille pièges différents, leur sensibilité peut-être se trouve émue mal-à-propos. Je suis sévère pour moi, mais indulgent pour les autres, caractère do la véritable vertu. Je n'accepte point ces permissions qu'on m'a offertes quelquefois de satisfaire des goûts passagers. Je rougirais de me trouver dans des bras peu faits pour me presser contre un cœur dont je ne veux pas; mais avant de trouver celui que l'on possède enlln, j'oserai peulêtrc dire (luo toutes ces légèretés, que des gens prudes ai)pellcraicnt des abominations, sont nécessaires pour passer à l'état fortuné dont je sens si bien tout le prix. La célébrité des aventures, aidée par un peu d'indiscrétion, conduit au nii»iiienl où Ton sait (lue le temps de 1rs ris(iuer (?st passé. Uuol bonheur d'abjurer toutes ces erreurs aux pieds iruiie IVninie cliarmante, h qui ces erreurs el efs horreurs mêmes ont donné Tenvie d'en eonniiilre fanleur!

de i|ni e>l ^'aîhi h vin;,^l ;iiis, est uni' nu-elKHierlè à trente. I.u jn iir de ne plus en tnMiver«le> Miji-l^, oblige il :e li\er. ^^e.■^t alors qu'on eomnienee l\ \oir,

à sentir pour qui on est né , qu'on reçoit un nouveau jour, qu'on prend un nouvel être, que tout semble recevoir une nouvelle forme. On commence k tout voir sous un autre point de vue; on se promène. Le beau spectacle, dit-on, que celui de la nature! que le ciel me paraît beau! On approuve tout; on est content de tout : on est si indulgent, quand on est heureux ! On se croit seul au milieu de rassemblée la plus nombreuse; on a tous les goûts de celle que l'on aime; les plaisirs de l'un deviennent les plaisirs de l'autre, et tout est plaisir, tout rappelle l'amour à des amants.

Si enfin une séparation inévitable, la guerre, par exemple i — je conçois que celle-là vous fait trembler, heureux amants! Rassurez-vous, il est un moyen de vous conserver l'un à l'autre. Rappelezvous ce terrible moment où vos lèvres errantes, ne pouvant pas se joindre, pouvaient encore moins prononcer le serment de vous adorer toujours. Trouvez de la consolation dans ceux qui vont peutêtre être écrits de votre sang.

C'est une manière de contrat; c'est une assurance sacrée. On n'a point été parjure ; on sera encore moins faussaire. C'est ici un nouvel écueil dont vous vous garantirez, jeunes cœurs vivement enflammés, si vous l'êtes, comme je n'en doute pas, et comiîie le mien l'est; vous voudrez passer tout ce temps malheureux à écrire : c'est le plus doux de vos absences. Vous quittez tout pour votre cabinet, et vous languissez après la réponse ; vous murmurez de la

lenteur; vous accusez tout le monde d'infidélité : elle seule est exempte du soupçon.

Point de relâchement dans la correspondance. Si Ton mande qu'on n'a pas reçu de lettre, que celles qu'on écrit sont courtes, qu'on est malade un jour, qu'on a de l'humeur un autre, ne vous rejoignez jamais, tristes victimes de l'absence. A votre retour, des procédés, des obligations, de la prudence, cent prétextes pareils se glisseront dans vos amours; c'est qu'ils sont finis, pauvres malheureux, ou qu'ils n'ont pas existé. Vous n'étiez pas faits pour vous aimer : cherchez ailleurs , peut-être que ce qu'on ne peut exprimer se fera sentir ; et qu'alors cette moitié nécessaire à notre existence , que la nature n'a pas été assez cruelle pour ne nous l'avoir pas préparée quelque part, se trouvera jointe à celte moitié qu'elle a été assez bizarre pour n'en pas rapprocher plus tôt.

Qui veut savoir les symptômes de l'amour? Lorsqu'on regarde sans voir, qu'on écoule sans cnlen- (Ire, lorsqu'on chérit les alentours, qu'on aime les amis et les parents s'ils ne sont pas des fâcheux, el qu'on les ménage s'ils ont du pouvoir. Quand ou adresse en l'air, on no sait conimcMit, on ne sait à (jni, ce ([uon n'ose point risqiKM'à rcMiiron rcspocti» avant (lue d'aimor, aliî Ton (*st hicn ainnurnix.

Que (Ir choses on dirait alors, si Ton os:iii ; la nuit surtout on est si tondn»!... Tout ci^ (lu'on so proinoi

d'rss:iy(.M' le Irndoiiiain I.e jom* urrivi', on la vttit,

on ose cncon» ninins. ('/est l\ prn jmvs à vinul an-^

MÉMOIRE POUn MON COEUR. 39

qu'on éprouve ces charmants mouvements indéfinissables. On est sincère, et on le serait sans les airs qui arrivent; mais les airs gâtent tout. La timidité les exclut, mais la timidité exclut aussi les succès. On a trop de confiance depuis vingt ans jusqu'à trente, et trop de méfiance pendant les dix autres années qui suivent. Depuis seize ans qu'on entre dans le monde jusqu'à vingt, qu'on donne ce temps aux aventures, j'y consens. Si la véritable se présente, si l'amour, même masqué au bal de l'Opéra, peut se reconnaître, qu'on s'empare de lui ; s'il est méconnu, il ne pardonnera jamais. On pouvait le tenir; il échappe pour toujours. Les femmes tiennent si longtemps leurs conseils sentimentaires et métaphysiques sur notre compte, qu'elles ont souvent perdu le moment de déterminer le cœur qui avait besoin d'être rassuré, et peut-être prévenu. La soidisant vertu peut-elle dédommager d'une union éternelle qui double l'existence?

Cest par s'abandonner, se livrer sans réserve, qu'il faut commencer. Nous regardons d un œil de pitié les ennemis d'eux-mêmes. Ces âmes desséchées, ces tristes personnels qui, de peur d'être trompés, s'avisent de tromper, jouissent-ils?

Misérables calculateurs ! le sentiment sait-il compter? J'ai vu, j'ai entendu de ce^ profanes : Oh! on m'aime comme cela; lié! bien, j'aimerai autant. Qu'est-ce que c'est que des bureaux de recette et de dépense?

Les remords; ou la crainte d'être découvert, ou la

fureur de passer pour séduire, sans être séduit soimême, ôtent tout le prix à la séduction. Le meilleur calcul, encore une fois, est de n'en pas faire. Cythère n'a point de comptoir, et s'il y a de la llraude quelquefois dans l'ile, ce sont des étrangers qui en sortent bien vite.

Et puis le dieu est-il lui-même de sang-froid? et souffre-t-U qu'on le soit en le servant? Il bannit de son temple ceux qui en regardent les marches pour monter sur l'autel. C'est en les franchissant qu'on lui plaît; c'est en perdant l'usage de ses sens qu'il y fait bien retrouver l'intérêt de ce qu'on perd : il aime l'ivresse.

Qu'à peine on se souvienne de ce qui s'est passé dans les sacritices qu'on lui a faits. Que ce ne soit pas pour en garder le silence. Il fait peu de cas du mystère ; c'est la ressource de ces dévots honteux et indignes, ou de ces génies rétrécis qui s'imaginent que c'est un moyen de lui plaire. Le culte est trop beau pour en rougir. Ceux que le dieu daigne enrôler dans sa milice peuvent hardiment en porter le& enseignes; et, d'ailleurs, comment les cacher?

C'est rentliousiasme où je suis qui lui convient : il m'en tiendra compte tantôt. Ne raisonnez plus, me cricra-t-il, je suis content de ce (|uc vous :ivez dit; volro tiMe s(î monte, je le vois; vous nVtcs phis capable dVcrirt». Vous ne nuMiliMnlez plus mninirnie; mais vous me sente/ dans vnipi' eti'ur, il sullit; partez : (|u'un éehiir nt* soit pas plus pronipl; on vous attend.

J'ai VU des abandonnés de mon dieu, ou plutôt (car il n'abandonne jamais) des déserteurs de ses drapeaux. Ils étaient rongés de remords. Je leur demandai la source de leurs peines. C'était l'esprit qui avait perdu les uns. Ils en faisaient lorsqu'il était permis de n'en pas avoir, dans ces moments d'une charmante paresse où l'on dit souvent bien plus en ne disant rien, qu'en parlant beaucoup. Une sensibilité outrée avait perdu les uns; l'amour-propre, l'incertitude, le soupçon, la contrainte, la retenue, la jalousie, l'exigence des vivacités, des fureurs avaient perdu les autres. La marche de l'âme est douce, ils s'étaient trompés.

Parmi ces tristes gens, j'en ai vu qui se désolaient d'avoir été trop empressés; d'autres, de l'avoir été trop peu; d'autres, d'avoir craint le ridicule d'une grande passion. Malheur à ceux qui ne savent pas que c'est le cachet de l'honneur et de toutes les vertus!

Sans ruses (car il ne faut rien jouer) il y a de charmantes injustices, des querelles qui font si peu de mal, et qui procurent tant de bien! Tout cela est précieux. Mais il ne faut jamais que cela aille à la bouderie. On n'est pas joli quand on boude, et il faut être joli. C'est la première règle de l'amour.

Que tous les égarements, môme en ce genre, sont beaux à encourager ! Sexe charmant, renouvelez les beaux temps où la valeur servait l'amour, où la beauté couronnait l'un et l'autre. C'est alors que vous verrez qui de nous tous doit l'emporter.

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C'est avec toutes les grâces de l'esprit que mes ennemis m'attaquent; ils sont entourés de Temmes charmantes, qui applaudissent à leurs plaisanteries et encouragent leurs injustices.

Mais la veillée, Messieurs ! la veillée des anciens chevaliers, vous en sentez-vous capables? Vos santés languissantes vous le permettraient-elles? et le poids des armes mêmes ne serait-il pas trop fort pour vous? Commencez ainsi vos travaux : veillez des nuits entières pour mériter de ne plus veiller; mais qu'est-ce que ces demi-veillées et demi-nuits que vous passez à présent à des conversations ou Ton n'entend rien? Agissez et ne parlez point, je vous l'ai déjà dit.

Et puis quels sont vos principes? Plaire et toujours plaire ; vous pensez tous à plaire et jamais à aimer.

Ce n'est pas que je croie aux passions malheureuses. Comment aime-t-on quand on n'est pas aimé? Espère-t-on vaincre par Timporluniié? et fait-on du premier dieu du ciel un de ces petits dieux de la terre qui n'accordent rien sans des soins, des placcts et de la ténacité?

Les C(Ours ne se donnent point comme les grâces de la cour. Dix campagnes ou dix années de séminaire prutîurent des droits à un ré;;i]neiit uu à un évèclié. Mais un seul jour de service tians nuire empire décide de la fortune : si dans ces vim^tt|n;itrt' heures, W je ne sais qiuti , tant analysé, w'w pas parlé; si le rappori, le ;;«»ÛU la li;;ure n*tn:l r.i n décidé, cherchez, pauvres iniurluiics, cl nu vuu-i

opiniâtrez point. Sans cela, tous les ridicules possibles vont vous écraser. Chansonnés et montrés au doigt, vous gâtez vos affaires; vous vous ôtez toute espérance pour d'autres entreprises. Vous serez cités comme des malheureux, et vous resterez toujours des malheureux.

Mais c'est encore un air souvent que ces passions malheureuses. On veut intéresser d'autres femmes et se faire passer pour capable des plus grandes choses. On veut être nommé le malheureux de Madame une telle. On a, on a eu, on veut avoir; on donne, on troque les amants. Ce n'est pas le langage du pays dont je parle, de Cythère, mais un aflreux jargon qui s'entend tout au plus sur ses frontières.

Ce sont les malentendus qui font le plus de mal à Tamour. C'est pour cela qu'il craint les absences. Il est terrible d'être soupçonné à tort ! Quel désespoir de perdre ce qu'on adore, par les apparences les plus trompeuses! Tout sert à faire croire à l'infidélité. Elle n'existait pas; il n'y en aurait jamais eu : elle arrive, parce qu'on a cru qu'elle était arrivée.

Illusion! mensonges! aveuglement! roi du monde! jusqu'à quand verrons-nous encore des sentiments partagés sur la partie la plus essentielle? L'amour croît s'il s'inquiète, et de mauvaises maximes d'opéra semblables séduisent les trois quarts du genre humain ! Mais ne sait-on pas que les fausses infidélités en font naître de vraies? que tout est sacré dans notre religion? qu'on peut jouer avec l'Amour? C'est un enfant, il aime à jouer; mais il ne faut pas

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plaisanter avec lui. Cest un enfant, il en a les colères, les dégoûts et les humeurs.

Frémissez. Un mot, une mine, ont perdu des millions d'amants. C'est la confiance qui augmente le sentiment. Et si Ton est parvenu au point de se voir sûr l'un de l'autre, on le devient; et je ne vois plus de raisons pour que jamais cela finisse. Le moindre doute affaiblit. L'inquiétude donne de llmmeur. L'humeur ôte les charmes de la figure et de l'esprit. On se trouve moins beau, moins aimable le lendemain : on ne se met plus en frais pour le redevenir. On est sérieux. De là on passe à la tristesse, de la tristesse à l'ennui ; on est insupportable, on se rend odieux. On maudit le moment où l'on s'est connu.

Il y a des reprises de sentiment, des pardons, des aveux; mais qu'on se défie de toutes ces paix simulées. Elles finissent par la guerre, s'il y a un seul instant de réserve. Tremblez ! mon dieu est en courroux; il va vous fermer son temple à jamais. Un maintien assuré, l'air ouvert, voilà ce qu'il lui faut. Ne l'affadissez point par la langueur : il vous prendrait en guignon. Amusez-vous des confidences réciproques, des hommages qu'on reçoit de part et d'autre ; les lettres et les déclarations se présenteront d'elles-mêmes, pour varier la scène de tendresse. Passez de là à toutes les gaîtés qui vous viendront dans la tète. On pourra faire même des projets de méchanceté sur les méchants qui veulent troubler le bonheur. Peut-être que c'était en voulant faire semblant d'aimer eux-mêmes. Les misérables!

ont-ils cru se servir de notre idiome sacré pour vous

abuser mon dieu! priez le maître des Dieux

de vous prêter un instant sa foudre pour les écraser, et puis faites un miracle. Oui, il le fera. Il accordera tôt ou tard une marque à ses véritables ! Nous nous trouverons écrits sur le cœur, avec des caractères de feu, les- saints mots de ses mystères. Nos femmes nous distingueront de loin et ouvriront les bras aux fevoris de la Divinité.

fai parlé de ces précipices dont on est entouré. Cest la sœur de la puissance que je sers, que je crains le plus. Divine amitié, dit-on! En vain les hpnes en votre faveur sont chantés par les plus belles voix du monde et tout ce que la nature a créé de plus beau. Que les apparences sont trompeuses! que les couleurs dont on la peint sont charmantes ! On bénit la pureté de ses intentions; son calme est vanté sans cesse. C'est un port où l'on est en sûreté. CestTabri après les gros temps où l'amour, à ce qu'on prétend, nous expose. Mais ceux-là ne méritent pas de voguer sur ses mers de délices, s'ils ont ^craindre les vents et les tempêtes. Qu'ils s'embarquent avec moi, et après une navigation paisible, ils aborderont sans peine et sans danger.

fai vu des amants se choisir des amis. Que nous . serons heureux ! disent-ils, vous êtes aimé comme °^oi, associez-vous à notre bonheur. Que celle qui règne sur vous joigne le sien h celui dont jouit ma charmante maîtresse. Soyez témoins tous les deux de notre félicité. Nous le serons de la vôtre, rien

iG OEUVRES DU PRINCE DE LIGNE.

n'y manquera plus. Confidence parfaite, réciprocité, juge des débats s'il y en a, médiations, tout s'y trouve. Ah! Dieu! c'est ainsi que le serpent, caché sous les roses de l'amour, arrive sous le voile de l'aifdtié! Ce sentiment qui pouvait s'augmenter, se partage. Il change peut-être d'objet. Un des couples amoureux trouve l'autre plus parfait, n y a des reproches, des comparaisons, des menaces; et on arrive aux perfidies par la voie de l'innocence.

Oh! c'est de l'amitié, ce n'est que cela; mais comme elle est parfaite, cette femme qui enchante mon ami, je la propose pour exemple à celle qui me tient sous son empire. Quelle difTérence ! le sien est doux, elle ne gronde jamais; elle est contente de tout. J'ai mille choses à lui dire sur mes affaires : je vais la trouver, son amant n'y sera pas; je lui parlerai tout à mon aise. Que sa conversation est touchante ! Je ne sais où je la verrai demain encore seule. Ah! c'est alors que le cœur s'épanche, qu'on sent une vivacité... une douceur... une sensibilité qu'on ne peut exprimer. C'est de l'amitié... Mais que l'amitié est charmante, quand on a tant d'amitié !

Un des beaux temps de l'amour , est celui où l'on en a sans le savoir; c'est celui où l'on dit : Lwi et elle, en parlant de ce qu'on aime , comme si tout le monde était obligé d'y penser aussi. Le hasard, qui contrarie souvent les anciennes amours, se plaît h en favoriser de nouvelles. Dans les commencements on se rencoiiîre toujours. Je ne sais comment cela se fait, des parents, des voyages, des aventures, des

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voitures cassées... Je l'ai vu cent fois. On se croit bien loin et l'on est ensemble; on s'est séparé bien triste, on n'a pas su pourquoi. On se croyait malade seulement, ou un peu d'humeur. Et puis tout d'un coup l'on se retrouve à des promenades, à des eaux, à des campagnes, à un spectacle de société. C'est dors qu'on fait des progrès en bien peu de temps. On dit : Tout concourt à cette union de nos deux eœurs. Aimons-nous; et l'on s'aime. Mais cette fois-ci plus de confiance, plus de confidence. Vivez pour vous, et que la nature soit morte pour vous : on désert et Guiscard^ dit Blanche. Fuyez-y, amants heureux, si vous en avez le courage. Si vous ne l'avez pas, fuyez-vous, et cherchez ailleurs. Oui, un désert! Cest là que vous jouirez d'une paix intérieure et éternelle; le calme de la situation peint celui de l'âme. L'on dirait qu'une puissance céleste y fait la garde auprès de ses deux amants qu'elle empêche d'être troublés par aucun bruit étranger.

Si de là on passe dans le tumulte de la ville où, sans se quitter, on jouit de tout, où Ton entend tout le monde vanter la beauté de ce qu'on adore et approuver son choix : c'est un triomphe permis, et c'est une gloire qui ne peut qu>jouter à l'amour. Mais encore une fois, qu'on se déflc de tous les ennemis de ce joli petit dieu : ils se cachent sous ï^IIe formes. Ils n'en est point qui ne soit dangeï'euse. Je dois parler de l'orgueil ; c'est ce qui fit sortir les premiers amants du paradis de délices, dont on cherche depuis si longtemps la situation

4b (ŒUVRES DU PRINCE DE LIGNE.

géographique. Peut-on le méconnaître? OS peut-il être ailleurs qu'à Cythère, Paphos, Amathonte, Gnide, ou dans mon cœur?

vous! qui que vous soyez, séduites peut-être par des liaisons d'éducation, et qui, sous prétexte de vous dévouer aux mystères de Cérès Éleusine, passez votre vie ensemble, quittez tout à fait Famour» si vous croyez le conserver avec un partage pour vos aimables compagnes. Quoique je ne vous àoupconne pas de ressembler aux filles de Lesbos, cette tendresse réciproque où l'on admet les aveux, les regrets, les plaintes, est un vol à la tendresse que vous devez à l'amant heureux, qui cesse de l'être dès qu'il ne l'a pas tout entière.

N'y a-t-il pas assez de coupables dans le monde sans qu'on en fasse tous les jours? Il y a un pauvre malheureux petit dieu, sur qui on fait mille mauvais contes. Tout seul, il n'est pas gai, cela est vrai ; mais s'il se trouve en société avec le mien, il est charmant. C'est son frère même. Il est si défiguré, on l'a si enlaidi, qu'on ne s'en douterait pas. Et cela vient de la mauvaise compagnie qu'il voit : Des gens de loi, m'a-t-on dit, et des ministres d'un autre dieu qui n'a pas deux mille ans, tandis que celui dont j'ai arboré les armes est éternel comme le monde.

Tu Hymen... Son nom est prononcé. Il fallait en passer par là. On s'effraie de le voir. Il n'a pas un maintien bien parfait; mais aussi il n'est pas encouragé. Il est si timide qu'il n'ose pas se montrer où est son charmant frère. Celui-ci a été bien mal à

propos aussi prévenu contre lui. Mais si de vrais croyants, comme moi, pouvaient les saisir ensemble, nous dessillerions les yeux à l'univers entier.

Que fait cet engagement des étrangers? Il n'est d'aucune valeur, si ce n'est pas celui de deux cœurs qui jurent de s'unir pour la vie. Mais la liberté dont on jouit alors, sans crainte d'alarmer des maris ou des mères, doit contribuer au bonheur. Les circonstances ne peuvent pas priver du bonheur le plus rare dans la vie; ainsi point tant de colère contre le petit frère de mon dieu. Il y a même un moyen pour lui de se faire bien recevoir dans le monde, c'est de ne le point gêner et d'acheter par sa douceur l'amitié de celle à qui mon petit dieu a parlé. C'est peut-être de quoi le faire chasser de chez lui. Il reprendra ses droits en les partageant, ou en les cédant même tout à fait. Quel triomphe, ô dieu d'hymen! Devenez tolérant, estimable, léger, insouciant, et vous mettrez mon petit dieu à la porte.

Fuyez, honteux préjugés, l'ouvrage des cœurs corrompus. Des liens, dites-vous, et pour toute la vie? Ils n'ont rien de si épouvantable : ils sont serrés ou déliés par l'amour. Dans le premier cas, ils seront éternels ; dans le second, ils cèdent à d'autres plus sacrés. L'union intime des cœurs est plus solennelle que celle des mains. Le contrat de l'âme est plus auguste qu'un contrat civil . Celui-ci n'a de pouvoir qu'envers la société ; en en remplissant les devoirs, personne ne peut désapprouver des devoirs aussi reconnus. On n'est pas le maître de son sentiment,

50 CEUVRfiS BD PBI1IC8 BS LfC!IE.

on ne Test pas davantage de sa personne : d c*m une hérésie d'exagératUm de fausse ^ertu, qui m^ pèche de la livràr, après Taveu d\ine passion twm^ nue bien véritable. Pourquoi une âme purç serait elle punie de n'avoir pas éU leclierehée par d@ parents, pour la joindre à cette autre âme pureT

On pense peu^étre que c'est pour moi S4^ul qui j'écris. Tel cas que je fasse de mes juges, si ce saol les plus aimables femmes du monde qui m donneol la peine de l'être, je ne me croirais pas digne éù ta occuper aussi longtemps. Et un pou plus, ou un pm moins d'estime de mes amis» ne ferait point moo malheur. Sûr de valoir mieux qu'eux tous, je ùetdrais ma tendr^se renfermée dans mon cceur, a it rirais de la leur.

Sexe charmant, que j'ai d'abord invoqué, pm^t mieux iinir qu'en m'adressant à vous? Soyez m récompense. C'est à dire,approuv€i:-moi, loud^moit et gardez-vous de me plaire. Je mis plus hmî&a mille fois que ceux qui m'accusent de manquer I m que je vous dois. Je connais vouo âuu>iiié> j«^ni«— pecte vos droits; mais je ne veux pas reeefoir d'autres lois que celles sous qui je respire.

Le joug de la beauté que j'aime est doux, il est Ml que je le conseille aux autres. Elle croit en moi, je crois en elle. Nous sommes sûrs l'un de l'autre. Lorsciue je ne m'échauffais pas, comme vos adorateurs, sur des mots que je sens moins que les choses, ces mots de convention si chéris par vous, c'est que je pensais à elle. J'étais sourd à votre éloquence.

Mais son nom était prononcé par moi sans ouvrir les lèvres. Je brûlais peut-être d'aller recueillir sur les siennes la confirmation de mes principes. Elle est ici, elle me voit écrire, elle sourit. Si je vous quitte, c'est pour elle. Tai mille moyens encore de défense, ô mes mauvais amis, et vous, leurs charmantes amies; mais j'y renonce, si elle m'appelle. Elle me fait signe... je vole à elle.

Eh ! que m'importe de vous convaincre et vous et ceux qui font semblant de porter vos chaînes, et qui, pour les porter plus légèrement, ont l'air de vouloir les rendre plus pesantes que les miennes. Elle est convaincue, elle; cela suffit; peut-être que je vous récuse même ; j'y suis presque forcé. Il n'y a point de tribunal assez pur pour juger un cœur comme le mien. Pardon, je m'égare; je n'étais point criminel, je le deviens; pardon, encore une fois, ce délire prouve même en ma faveur.

rai appuyé sur les mêmes objets; j'y suis revenu ; je me suis appesanti sur des détails; j'ai rapproché ceux qui n'étaient pas liés. Désordre de mon cœur, plutôt que de mon esprit; l'un était bien chaud, quand l'autre écrivait froidement. Mais, pour être entendu, pour ne pas trop insulter aux âmes de glace (et c'est le plus grand nombre) qui me liront, je me suis arrêté vingt fois dans les élans où j'étais prêt de me livrer.

D'ailleurs ceci , à qui j'ai donné peut-être mal à propos le nom de Mémoire, est plutôt une profession de foi. Vous cependant qui êtes dignes de me

juger, vous qui prétendez porter les mêmes couleurs, vous, dont récusson a pour devise celle du héros d'Aménaïde, et vous, qui comptez être capables d'aimer comme elle, répétez avec nous cette croyance des vrais fidèles; jurez d'aimer et d'être aimés comme je le suis, et je vous permets alors de prononcer sur moi.

Oh ! vraiment, dit ma maîtresse, ce n'est point un coupable qui s'exprime ainsi. Vous êtes bien fier aujourd'hui d'avoir si bien parlé. Envoyez-moi, dilelle, les gens qui doutent de nous, et que mille tendresses, en leur présence, les fassent mourir d'envie, et nous de plaisir.

J'y consens : la décence , à qui je permets ffac^ compagner la volupté, se récrie tout d'un coup : Tantôt, me dit-elle, nous parlerons encore de tout cela; en attendant, tombons au pied de l'autel de notre petit dieu, en nous tenant embrassés; ftûsons-y notre prière; joignons les mains, pour qu'il convertisse les impies. Il ne veut point la mort des pêcheurs, comme celui d'Israël; il aime mieux donner lu vie que la mort. Si, en leur rendant compte do nos conversations, de nos pensées, de notre contlanoe, (le noire sensibilité et de l'union de nos deux r*fui'5 si l)ion (ails Tun pour Tautro, nous ne pouvon< les changer, hc! bien!... charj^'eous-uous dt» nv» r nou>ni(Mn(\s un peui>h' d'amauls qui iiuus rrsst;iiiblfril.

PuissiMil les luéchauts nuus fuir ;» jamais! l'ui-- .s(.Mil 1rs ini'n'duh^s iToin» à ni)s paruh^s, cl Ir** «l.\.\ si'Xt's ruliii vivre comme nous du plaisir de >'ai|nivr!

MÉMOIRE

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MÉMOIRS

Cr-DEVANTGÉN±RAJ:.-FEL2EUGMEISTER DES EMPEREURS JOSEPH Et CHARLES VI, ET PUIS CONMtJ SOUS JUE NOM D*ACHM£T-BAC£U^

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