Jeu de paume
17. Salle de bains, avec douze cuves d'argent. Tous les appartements étaient remplis de fleurs.
II y avait un bassin d'eau vive et pure, avec une petite gerbe, dans la salle de rafraîchissements et celle des déjeuners. Celle de dessin était toute entière des plus grands maîtres. Les tableaux étaient dans la salle des promeneurs, des causeurs, des joueurs et des dîneurs. Il y avait partout des cheminées et des tuyaux de chaleur; et des oiseaux en liberté dans tous les appartements, dressés à retourner manger et coucher à des volières décorées avec beaucoup de goût; des parfums délicieux, beaucoup d'essence de rose partout, et une illumination aussi claire^que le jour et assez élevée pour que toutes les femmes y parussent à leur avantage.
MÉMOIRE
LA POLOGIVE
e:mis au princk czer-wertinsky et a quelques grands seigneurs polonais qui sont venus a th-gorod en 1788, et dont j'envoyai une copie ::e-évêque de 'wilna (i).
aimerait pas la Pologne, les Polonais et es Polonaises? L'esprit, le courage des uns, et la beauté des autres, qui ont toutes, lies qui sont le moins aimables, un laissere élégance, un piquant et un charme supétoutes les femmes des autres pays? Qui ne )as aux autres villes le séjour de Varsovie ) le meilleur ton de la France, joint à une ! orientale; le goût de l'Europe et de l'Asie; é des mœurs des pays les plus civilisés, lité des pays qui ne le sont pas? Qui ! pas la nation où l'on trouve les figures u agréables, les manières douces ou simla politesse ou de la franchise, de la prévems la capitale ou une rudesse de bonhomie
w 9« volume des Œuvres mêlées, pag. 530.
fli^ œuvHE!» DU pnmŒ m ucne.
dans les campagoes : la compréhension facile, ¥] léjîèiTlé et l'agrément de la conversation, une bojme ^^ducntion, tous les talents, ceux des langues, des exercices du corps, et surtout Téquilation, rinstriiction; un bel organe, de réloquenee, de la génémliilf^; le faste de la représentation, le goût de la dépense et des beaux-arts, le luxe, la galanterie, les fêtes, les spectacles de société, les danses nalio nales, le costume un peu sauvage, les usages estraordinaires, la magnificence, la facilité à vivreja bonté, la sensibilité et de ia reconnaissance?
Pour la mienne, elle' est sans bornes, Llionaeur que vous m'avez fait de ni'admettre parmi vous, de me recevoir dans une belle, grande et superbe nation; les applaudissements que son consenlemeat unanime, en me donnant cet illustre indigénat, ffl'a ; procurés dans la salle auguste de votre assemblée, ne s'effaceront jamais de mon cœur.
C'est parce qu'il est tout à vous, que j'ose vous soumettre quelques réflexions sur notre patrie. Si, au lieu de trois empires et d'un royaume, elle était entourée de l'Océan ; tranquille au sefn des mers et de ses lois, elle ferait admirer les siennes, dont plusieurs sont plus raisonnables que celles de cette île fameuse qui passe pour le séjour des sages: sa Constitution ne l'aurait pas fait durer aussi longtemps que vous durez avec la vôtre. C'est une espèce de miracle; mais craignez qu'il ne finisse. La plus petite partialité vis-à-vis d'un de vos voisins donnera aux trois autres le prétexte de vous faire dis-
Ptoaître de la surface de la terre; et, sans se déchi-
^r entre soi ni même vous déchirer davantage, on
'avisera et envahira vos patrimoines, vos titres et
Vos terres. Il y a bien loin de sentir les ressorts
ïl^érés d'une influence politique, à éprouver le
Poids onéreux de la domination. Oui, sans doute,
d^isun temps immémorial, la Russie, par sa force,
^langue et la géographie, vous couvre de ses ailes
On double aigle, protecteur si vous le ménagez, mais
dévorant si vous l'outragez.
Si quelquefois sas serres se font sentir, à présent qu'il vous veut du bien, quoique vous cherchiez à lui échapper ; et si celles de l'aigle blanc, trop faibles pour y résister, en ont soutfert, ne vous en plaignez qu'à vous-mêmes. Souvent des cabales, des demivolontés, une résistance toujours inutile et renouvelée presque chaque année, ont mis la Russie dans le cas d'employer la vigueur, pour s'opposer à la ruine totale à laquelle les esprits de parti vous font courir.
Je dis vigueur, et non pas rigueur; s'il y en a eu, c'est malgré une souveraine qui ne l'aime ni ne l'emploie.
Obtenez de S. M. I. un tribunal ou un commissaire qui sévisse contre ceux de ses employés chez vous, ou dans votre voisinage, de tel rang qu'ils soient, qui vous oppriment ou vous humilient. Faites ôter à des agents cruels,, peut-être d'une alliance tutélaire, leur autorité.
Faites-lui parvenir à elle-même les plaintes des
plus petits abus commis, à Sôti insu, eu Pologne par ses ministres ou ses généraux, elle y reraédiei'a: d'ailleurs, ceux-ci sont sortis de voire pays iivec leurs troupes.
Voilà presque la première fois, depuis le coramencemeni du siècle, quon ne voit, plus des liabïlsverlâ dans vos villes et dans vos champs, qui oi^t souvenl été pour eux des champs de victoire : vous vous m\t venez que Pierre P% moitié par force, moitié paf séduction, réduisit votre armée, en 1716, à dix-huit mille hommes*
Bénissez ce moment de modération qui aurait dit arriver peut-être plus tôt, mais n'en abusez \m. Ofi me parle, on me fait parler^ m'a dit souvent Timpératrice; que m'importe que la femme d'un Castdisn ait un amant dans mou armée, une 'Palatine dans nm ministère et la sœur d'un Staroste dans un jwrrt contraire !
Que me font leurs procès, dont ils veulent que je ine mêle? qu'ont-ils besoin de mes rubans? îi'ont'ilspasl^^ leurs? je donne le choix pour une épingle de inon St,-Anne avec leur St. -Stanislas. Et pourquoi cette fureur pour mon St. -André? Quand on m'écrit '.cette famille n'est pas dans les intérêts de la Russie, je dis :I^ Russie a été supplantée apparemment dans ses amours par l'Autriche ou la Prusse , et je ris pour la Russie- La morale de cela, messieurs, c'est qu'il ne faut plus courir à Vienne, Berlin et Pétersbourg; soyez Polonais : voilà la seule grâce que je vous demande. J'en reviens à la Russie.
puissance s'est plus occupée de vous, à la ue les deux autres qui s'occupent trop soule de l'autre, pour le trouver mauvais. Si 5 deux vous le dit, ne la croyez pas, ou ue ce sera pour ses intérêts.
:s réponds de l'Empereur, et je suis autorisé i vous le déclarer. Je vous ai montré les votre sujet. Frédéric-Guillaume, à qui je la loyauté, vous en promettrait peut-être si vous l'engagiez à s'expliquer clairement, •a sa parole, à moins que vous ne lui tenli-même des pièges à cet égard. Alors, ne ►renez pas même à son ministère, si, en vous t vous-mêmes, vous l'engagez à des démargereuses, par des demi-confidences de votre les demi-protections de la sienne; encore , ne vous en prenez qu'à vous, urez plus sur l'ancien partage, mais redou- 1 nouveau.
n de l'entrevue intéressante de votre roi, mr, le plus aimable et le plus intéressant imes, avec la grande Catherine, je l'ai été nction de concorde et d'un renouvellement ; de connaissance et d'amitié privée et gênéliaison et de politique, l'année passée, Stanislas-Auguste, encou- ' Joseph II, lui demanda : puis-je compter î veut pas me faire mourir de chagrin, en mt encore de quelque partie de mon malroyaume? Je vous le promets, d\l VEasvç^-
ni CECTIIES BU PRI?}CE DE LIGNE.
reur, je vous réponds de moi. Pas un arbre, dit'îl, ce sont ses propres termes ; tous les deux me l'ont raconté. Donnez-moi îa tnain^ dit le roi, touché jusqu'aux larmes de Faîr de franchise de Vautre monarque : La voilà, dit celui-ci, et ce qui est plu$ fort, foi de gentilhomme. Vous, prince Czerwertinskjr, el vous, rnessieurs, vous savez que je voui. ai fait promettre hier, par le prince Potemkin, quaranle mille fusils qu'on vous fera venir de Toula, pour armer une confédération, sous prétexte de vooâJ opposer aux Turcs, mais pour vous défendre même contre la Russie, sî elle voulait vous prendre une seule Starostiei Pour vous prouver qu'elle ne vous ■ craint pas oITensivement, mais qu'elle veut quou vous respecte défensivement, je m'engage à la faire consentir à ce que vous ajiez cent mille hommes sous les armes, si vous le pouvez. Portez ces belles paroles à votre belle nation que j'idolâtre, et qu'elle songe aux moyens de reprendre son antique splendeur, par des arrangements sages et des douces innovations d'un plein gré général, pour son intérieur.
Point de cachotterie, surtout à la Russie; point d'incohérence dans vos principes : que les grandes familles ne se brouillent pas entre elles; que les honnêtes gens ne se trompent point et ne se laissent point tromper par ceux qui n'en sont pas. Ne vous accusez pas les uns les autres , en disant : celui-ci est Russe, celui-là est Prussien : on engage souvent à l'être, de bons patriotes qui n'y pensaient pas.
ubliez vos anciennes querelles particulières, vos Btits mal-entendus, et chassez ces petits intrigants ibalternes qui , après vous avoir brouillés les uns ^ecles autres, se moquent de vous; et priez vos unes de ne penser qu'à vous plaire, et point à poli- [uer.
Commencez par faire un roi : car Stanislas, touirs contrarié et injurié, ne Test pas. Ce n'est plus le npsden'eu avoir que des simulacres ; voyez ce qui arriver en France, dont le roi s'est fait roi de Ponie, en assemblant ses notables, et peut-être les its-généraux. Faites le vôtre roi de France, c'estlire, qu'il en ait presque Tautorité. La diète (1) •ait bien en droit de la diminuer, s'il en abusait; is qu'on ne lui ôte pas le pouvoir de faire du bien. roi est le seul qui ne la soit pas.
]ihacun de vous l'est davantage à l'égard de ses Iheureux paysans. Vous serez plus riches si vous liez leur donner assez de liberté et d'argent dans commencements, pour établir des fermes qui it la richesse et la population d'un État. Il n'y a 5 plus de république chez vous que de royaume ; •épublique de Pologne, jusqu'à présent, n'a existé 3 dans la permission que se donnent cinq ou six its des sujets de ce roi, de lui dire des sottises en t)lic. A peine ont-ils fini de s'égosiller, exactement jr la galerie, qu'ils viennent baiser la main de
) Barrière plus forte que les parlements, qui n'ont pas un sabre ;ôté.
298 OEUVRES DU PHINCË DE UG^t.
leur souverain , et lui demandent pardon ei to grâces en même temps. Qu'ils continuent, si celi leur fait plaisir; mais cependant pour les en (^ffi;cr, qu'on demande à cliaque grand seigaeur, sili^ottdrait avoir une diète aussi dans ses terre* »oiito paysans puissent le traiter comme eux traitent le roi à celle de Varsovie. Ils seront plus cireoûSp«ctti | son égard, et à celui de leurs vassaux.
On a vu, dans d*autres écrits de ma part» «qo! ' je pense de Tadministration, de Féduc^tion publiijue, et de la perception des ilnances : cVsl en PoltfMj fjue je mettrais tout cela bien vite en pi^lique.J voudrais une banque oîi seraient appelés îi^ptfl* riches et honnêtes banquiers de l'Europe, ch»<l»û Jes grands seigneurs emprunteraient sur leurs lem* îi SIX pour cent. S'ils n'étaient pas exacts k i^yerees intérêts, ces terres appartiendraient à la couronne, qui paierait les six pour cent à sa propre banque.
On ne verrait plus ces grandes maisons si anciennes, si respectables, finir par la misère. Le sang des Jagellons ne serait appauvri d'aucune manière. Vos petits gentilshommes sortiraient des mains des Juifs qu'on ne verrait plus, le fouet à la main, diriger leurs terres et faire trembler leurs villages. Ce* superbes palais de Varsovie seraient éclairés; cette foule de valets de plusieurs classes, reste de la grandeur passée, qu'on a peine à percer pour arriver jusqu'à un salon d'or et d'azur, ne serait plus déguenillée; et les gentilshommes et les pages, qu'il faut même reprendre pour que vous redeveniez ce que
VOUS avez été, seraient bien nourris. Ce cortège, qui n'est point indifférent, fait considérer les grands par les petits chez qui l'argent d'ailleurs se répand, de même que l'harmoaie de tous les ordres de l'État, pour concourir au bien général.
En relevant les grands seigneurs, on relève la majesté du roi. Il faut qu'ils imposent par beaucoup de faste, à un peuple vif , fermenté et capable de se remuer, si l'on ne le retient pas par plusieurs cordes. Je ne lâcherais que celle qui est nécessaire pour l'humanité et le profit. A cela près, je le retiendrais dans la plus profonde soumission et subordination de toutes les classes, l'une à l'égard de l'autre. Quant aux finances du roi , pour ne pas confondre ses intérêts particuliers avec ceux de la patrie, quoiqu'ils fassent certainement cause commune, je voudrais qu'on lui donnât un million, par mois, de florins de Pologne , qui font trois d'Allemagne par an ; avec cela, il aurait la cour la plus agréable, les fêtes les plus v^friées, les plus jolis spectacles, et deux maisons de campagne charmantes où l'art caché embellirait la nature. Avec cela il empêcherait les grands seigneurs d'aller faire des dettes en France, et les retiendrait par une chaîne de plaisirs et de distinctions. On conserverait dans le royaume tout l'argent que le plus petit gentilhomme, dès qu'il a coupé sa moustache et quitté son habit long et respectable, se croit obligé d'aller porter à Paris à une fille, un tailleur, un hôtel garni, un perruquier, un tripot, un chirurgien et un commissaire
et banoiniit ju^
^irte iT^ les gurtki ftèlM la tunique pour Et màBlmt : mâiâ il laen polonais et 1 je composerais ■
tccommodeen épis, à peu
i de rarmée difficile' i 0e %it>udrait pas B cette obligatioût ; «i laib à sa ptee. Les régimeiiB V 1 • du palatmat. Les
:*j lueurs ies :uIocue> sef^Èeat autres que celles des :^jticeî' le ^«fc : p^rti»o«i. si feutre dans de si petits i]fc;Giiii>. TTrhs ji co«^^etterie est nécessaire, surtout jcur ^cc:^ 3eZe aûtî»:^^ qui aime à plaire. Il fautua jftM. :caD i-^il i TOCr>f armêe^ et de la magnificence 7c^s<4a^ pujnftlle i itrile de la cavalerie circassienne xae f:tL ^ae. oà uoat nriiùt d'argent.
fe xnti.»ir:t^ j^ >abr>? pas aussi courbé tout à fait ; xe ct?iui àes Tujrv"is. et dont la tète de la poignée :>^rdLi:i; cr^tisee coamie celle des Handschar, pour ^vawur y re^er so»n fusil et bien viser, en fichant lie^ s;ibre en terre. Ce sabre en bandoulière, trente cArtvHiches dans la ceinture, un fusil court et léger, et une ki^uette, espèce de pique qui se plierait en
ux, seraient notre armure polonaise. Je voudrais aûir dans l'armée, aux anciens usages polonais, it ce qu'il y a de mieux chez les Turcs et les rétiens. Le génie des premiers cadrant fort bien 5c celui des Polonais, j'aurais plus de leur tactique ede celle des autres, mais moins folle et perfecnnée par les moyens généraux connus. J'aurais 3si un petit drapeau pour cinquante houlans, avec lances et les banderoles ordinaires, qui font (je vu) très souvent impression sur les chevaux de memi.
)n rassemblerait tous les ans, pendant un mois, Tuée; et si, en ôtant insensiblement aux diètes la erté de nuire à tout ce que le roi propose, le roi it enfin faire le bien pour la première fois de sa , il pourra avoir une armée très peu coûteuse de it mille hommes d'infanterie et cinquante de cavale. Avec cela, on ne craindrait aucun des voisins, . d'ailleurs ne s'entendraient plus assez bien jemble pour nous envahir une seconde fois.
tre ces troupes de campagne, j'aurais encore quante mille de milices, destinées à garder trois nps retranchés, qui vaudraient mieux que trois teresses. L'un serait contre la Gallicie, l'autre itre la Russie blanche, et le troisième contre mdenz.
e me plairais à les faire attaquer par notre armée campagne , et à faire manœuvrer toutes les trou- ;, de manière à n'en craindre aucune dans le nde entier. L'armée nagerait comme les poissons;
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rinraiiterie grimperait sur les arbres, monterniten croupe^ ferait h jjied et à dieval tout ce quon [mi attendre du plus beau peuple de FEurope, el k pl«^ facile h preadre les impressions qu*t>n veul lui donner.
Je voudrais, pour les cbevaliers de Tordra de vôlrt pays, que le sabre fût attaché au ruban bleu, auli» de Taigle blanc : on eu serait bien sobre, et oope»* drait ce cordon-là, et d'autres peut-être qu^nn initetuerait encore, le prix de la valeur, de réléitliOB* de la sensibilité et de riiumanité; et soit rouge, wrt ou jaune, il seiTirait toujours k soutenir le satof- En attendant ces marques d'bonneur, les Poloutble suspendraient à une écbarpe rouge et argefil, eil« soldats à un cuir bien blanchi.
Je voudrais que Varsovie réunît Athènes et Sfjarte à la fois. Pour réussir au dernier genre, on na qu'à conserver d'anciens usages qui rappellent les temps austères d'une vertu encore brute : il sera aisé de réussir dans l'autre, qui ressemble en loul plein de choses à celui de la Pologne, par son brillant et même son frivole. On rassemblerait aisémenl tous les contrastes de sévérité et sauvagerie sarmaie campagnarde, avec les grâces des modernes vo)> geurs, des jeunes gens et femmes de la cour. On attirerait insensiblement des colonies de méconlenls du voisinage, et on augmenterait aussi fort aisémenl celle des Tartares qui sont en Litliuanie. Je les ai vus très braves Ji la guerre, et puis, outre cela, leur fidélité à toute épreuve, qui fait qu'on leur confie
MÉMOIRE SUR LA POLOGNE. i51
^ut l'argent possible à porter, mérite qu'on cherche les augmenter et récompenser.
On diminuerait, par la suppression de quantité ^'emplois inutiles dont on ne laisserait que les ïioms, la dépense de Tintérietir, et au dehors, toutes ces places de ministres dans les cours étrangères, qui n'y font rien. C'est une bonne armée et un bon amas de trésors, qui opère plus sur leur esprit que les ambassadeurs qu'on envoie pour demander leur amitié.
Il n'y aurait que trois bons agents, l'un à Vienne, l'autre à Pétersbourg, et le troisième à Berlin : bien sages, bien intelligents, pour faire aimer la Pologne et l'instruire bien vite des projets du ministère étranger ou des intrigants de son propre pays. Qu'importent les autres cours à la république? On ne sait pas à Madrid et à Lisbonne qu'elle existe, et on ne le sait à Rome que par l'argent qui y arrive pour les divorces. Je n'ai garde de les désapprouver; mais je voudrais qu'on dit au pape : Saint-Père, vous les permettez; donc ce n'est pas contre la religion, donc nous continuerons sans vous donner un sou pour cela.
Les projeteurs des finances qui disent : pour que la patrie ait de Vargent, je. vais prier tous les citoyens de lui donner une partie de ce qu'ils ont, et je les obligerai à payer Vautre^ ne me paraissent pas bien habiles. Ceux qui disent ôtez tout au clergé, sont aussi dans ce genre-là. Ce que je vais proposer n'est pas plus malin, mais serait bien plus utile et permis : ce
S5Î OEtJVRBS BTI PRIHCE TÏE tlGNE.
serait, sans alarmer les consciences et troubler in rieu les bons citoyens, de confisquer, au profil de la caisse de la république, tous les ex-voto et les argenteries des églises. Avec des impôts sur le luxe ei une capitatiûu sur tous ceux qui auraient plus tle deux florins de Pologne par jour, on serait sur de soutenir sa liberté, celle qu'on donnerait au peuple et rindépendance vis-à-vis des voisins» à qui Ton ferait peur, s*ils voulaient vous envahir, sans en avoir si vous vouliez les attaquer : car, malgré It force que je vous donne , vous seriez bientôt subju* gués; mais votre armée, unie à la puissance qui vous défendra contre une autre, peut aisément vûuftfl consen^er. ™
Pour tirer parti des Juifs et des moines, je leur donnerai s tous les steppes à défriclier. Je rendrais les premiers agriculteurs, et j'engagerais les autres , de la religion grecque, à se marier pour avouer et soigner leurs enfants. Les plaines arides de l'Ukraine seraient bientôt le grenier du Nord. Le clergé, qui verrait ainsi renaître ses richesses diminuées par des dons gratuits, serait facile aux impôts, aux emprunts, et ne croirait pas qu'il doit être plus riche que le roi et toute la nation.
Mais je ne vois pas le droit qu'on aurait d'ôter des titres, de grands droits, ou noms, ou charges simplement honorifiques, et les propriétés des prêtres et de la noblesse. U faut plus d'aristocratie que jamais en Pologne , et faire du bien au peuple sans le lui dire, et lui donner le droit de le demander. Qu'on
ne le rassemble que pour le divertir et qu'on supprime même les diétines des provinces. Qu'on boive en famille, tant qu'on veut, mais point en assemblée générale; qu'on y boive à Varsovie, c'est un moyen de plus que le roi peut employer pour obtenir ce qu'il veut : car les buveurs sont tendres, et les deux seuls défauts du roi sont de ne pas boire et d'avoir de beaux cheveux, au lieu d'être coiffé et habillé à la polonaise. Quand Auguste buvait, la Pologne était ivre, disait Frédéric II pour faire un beau vers ; elle l'est encore souvent, quoique l'auguste Stanislas ne le soit jamais. Hélas! la nature, la fable, le roman et l'histoire l'avaient destiné à la couronne. Vous savez l'anecdote superstitieuse de sa naissance, lorsqu'une vieille femme dans son jardin s'écria : Qu'on prenne garde à cet enfant, la comtesse accouche d!un roi. Vous savez qu'on se trompa en lui envoyant la plaque de l'ordre de l'aigle blanc : c'était celle du roi même, son prédécesseur, où il y avait j^ro grege, au lieu du pro lege des chevaliers.
Il est encore temps qu'il soit heureux. Eh ! qui le mérite mieux que lui? Qu'il monte à cheval, habillé comme je l'ai dit, dans les camps dont j'ai parlé; sa figure, son amabilité, le doux son de sa voix lui gagneront tous les cœurs. Qu'il Toy âge ensuite pour voir cent choses intéressantes et faciles à faire. Par exemple, on sait la paresseuse habitude de brûler les bois, au lieu de les couper : il en faudrait replanter ou semer de nouveaux, car il en manque dans plusieurs palatinats. Les grands chemins et les
canaux feraient circuler partout l'or, les plancbes, le lin et le blé.
Pour réussir à tout cela, je sens bien qu'il faut que le roi soit encore intrigant. Il le serait pour la derliîère fois de la vie. Ses prédécesseurs ront étésaos grands desseins ; ses successeurs n'auront plu^ besoin de Têtre. Les bienfaits, les ordres, les titres, la considération, les plaisirs, les fêtes et la galanterie attireraient d'abord dans le parti du roi les ferames, qui font beaucoup eB Pologne où toutes les les affaires d'État sont affaires de société : mais point de préférence pour aucune. Ce roin^i a été tropbonnête homme avec elles, ainsi qu'avec tout son royaume. H est amoureux de bonne foi, et souvent inconstant de la meilleure foi du monde encore; voilh le plus grand reproche qu'on lui fait : et c'est ainsi qu il s'est souvent jeté dans un parti contraire au sien , qu'il diminuait par là. Qu'il soit un peu méchant pendant un an, il sera heureux toute sa vie.
Obligé de livrer la capitale à la corruption (parce qu'il n'y a pas moyen de lui arracher une capitale), il faudrait en préserver au moins les provinces et les faire rentrer dans leur ancienne pureté, soutenue par l'ivresse qui, faisant dire tout ce qu'on a sur le cœur, exclut nécessairement la fausseté, qui est presque toujours le partage des buveurs d'eau et des gens policés.
Ces usages hospitaliers, ces réceptions d'un voisin qui amène plusieurs fois avec lui cinq cents chevaux en visite, ces santés au bruit du canon, ces Msi-
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ques turques, ces verres cassés, ces révérences qui marquent le degré juste où l'on est vis-à-vis de ceux h qui on les fait, soit d'amitié ou de respect, rappellent des temps effacés dans tous les pays et conservés encore dans celui-là; et tout cela ensemble, je l'ai déjà dit, serait excellent à entretenir et augmenter.
Si tout cela pouvait s'établir à Varsovie, où les palatinats les plus éloignés en apportent des échantillons à la diète, on serait trop heureux. Peut-être qu'insensiblement on parviendrait à y réintroduire l'esprit national; d'abord en engageant les femmes à ne plus se mettre, ni saluer à la française, mais à l'orientale , en leur faisant voir que (ce qui est vrai) leurs grâces naturelles valent mieux que les grâces empruntées de mademoiselle Bertin et de M. Léonard , et que , sans imiter aucune nation , la Polonaise est aussi légère que la Française, aussi profonde que l'Anglaise, aussi ferme que la Russe, aussi fine que l'Italienne, et plus aims^ble que ces quatre-là, quand elle veut.
Si l'attachement aux devoirs de l'amitié d'un mari pour l'autre, l'empêche d'avoir sa femme, ce qu'il lui avouerait étant ivre , voilà insensiblement les mœurs qui prennent la place de la séduction. Pour empêcher les élégants de faire le malheur des ménages, et les élégantes celui du gouvernement, par leurs intrigues d'amour, de politique et de société, il faudrait, sans blesser la religion, ni la décence , désirer que des petites colonies grecques, de la Morée, de l'Archipel, du Caucase, de Géorgie, etc., arrivassent
ànm la^îapitale pour y plaire et se marier; Elles entretiendraient la pureté de corps et d'âme, gaîlé, lunion et la santé du plus beau pays du monde, selon moi, qui, moyennant tout ce que je viens de dire, en deviendrait le plus heureux. Plu-^^ sieui^îi de vous assuraient, il n'y a pas encore un an^ il Joseph II, qu'ils étaient Autrichiens. Je imm en remenie et vms en dispeme^ dit-il; pourvu que mes GatUciem^ le soient, cela me mffit. Vous nous faites bien valoir le salut de Vienne en 1683 : nous vous en sommes certainement très obligés. Mais, si Ton^ savait mieux Tbistoire chez nous, toutes les foisque^i vous nous en parler, nous vous dirions que la maison d'Autriche vous a délivrés de la Suède, qui vous avait conquis sous le règne de son Charles-Gustave. Personne ne chercbera à vous entamer, si vous ne vous éloignez pas (ce que vous êtes prêts à faire pour votre malheur) de la Russie; elle est intéressée Ji votre repos, et n'a rien à démêler qu'avec les Turcs qui, comme vous voyez vous-même avec moi tous les jours, vous, prince Czerw^ertinski, ne peuvent pas lui résister.
Ce que je vous demande de changement dans votre régime ne peut pas lui déplaire; mais, s'il s'y en fait un, tel petit qu'il soit, à son insu, cela peut avoir de terribles suites.
Vous avez trois vanités dans ce moment-ci à ménager, et trois vengeances à craindre : l'impératrice Catherine et son empire. Si elle vous faisait du mal, mon Empereur ne prendrait pas votre parti.
Attaché personnellement à son alliée, il ne se brouil* lera pas avec elle pour vous.
Si quelque autre puissance vous promet sa protection et gagne vos cœurs ou vos maîtresses, dites : Timeo Danaos et dona ferentes.
Il faut être Turc pour faire la guerre à une puissance qui peyt envoyer soixante mille cosaques ravager des plaines, et cent mille escaladeurs de places; et^ceci ne durera pas longtemps, je vous en avertis. Que les anti-Russes ne comptent pas davantage sur la Suède, si, comme il en est question, elle a Fimprudence de se mettre en jeu. Prenez garde, cbers et illustres compatriotes, à fournir des prétextes. Contents de conserver encore plus de pays que vous ne savez gouverner, oubliez, comme je vous ai dit, celui que vous avez perdu, ou ne vous en souvenez que pour n'en pas perdre le reste.
Je vous ai montré une lettre que j'ai écrite à notre excellent et malheureux roi, sans royaume à la vérité. Sire, lui disais-je, ne voyez-vous pas l'orage se former sur votre tête? Oui, me répondit-il, dans une lettre pleine d'esprit, de sens, d'humanité et de sensibilité, comme tout ce qui vient de lui ; mais je vais tâcher de placer un conducteur pour faire tomber la foudre ailleurs. Cela est bien diflRcile; le plus sûr est de dissiper les nuages , et il en est encore temps. Vous-même, prince Czerwertinsky, vous m'avez montré plusieurs lettres du ministre Hertzberg à Antoine Sulkowski. Un zèle indiscret et celui des gens qui lui succéderont, animés de son esprit, lui
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fait semr son maître plus cfu'il n'a envie de l'être, et il s'apercevra trop tard des engagements que rastueela plus déliée lui fait prendre, sans que lui, ni peut-être un autre souverain à sa plaee, puisse s'en douter. Qu'importe, diront les mauvaises létes de la nation : nous serons libres, nous échapperoas à un joug, nous ne rentrerons pas dans un autre, car on nous aide au contraire ; si l'on nous trompe, nous mourrons avec honneur,
DiteS'leur : Messieurs , vous ne mourrez pas; les intéressés vous etuUieront» les indifférents se moqueront de vous et vos enfants vous maudironL Rendons-nous indépendants; nous l'avons déjà été, disent quelques bons patriotes un peu ignorants, mnis de bonne foi, h qui je pardonne cet enthousiasme. Examinons votre puissance d'alors, plus considérable de moitié que les trois dont je vous parle toujours. Au commencement du xiv*^ siècle, vous avez eu un Wenceslas, roi de Bohème, couronné en cette qualité Tan 1297, et élu par vous trois ans après; il en régna cinq sur ces deux royaumes, appuyés encore par son mariage avec la fille d'André, roi de Hongrie. Un autre Wenceslas, son fils, fut assassiné à Olmutz, en y passant pour aller se faire couronner h Cracovie. Vous avez eu dans le même siècle, je crois, Louis-le-Grand, roi de Hongrie, qui avait succédé h Casimir-le-Grand, et dont la fille Hedwige épousa en 1382 Jagellon, grand-duc de Lithuanie, qui s'appela Ladislas V. N'ayant point de Jivres avec moi dans ces déserts, je ne me souviens
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pas de ce qui arriva à Ladislas V et Ladislas VI. Je me rappelle seulement qu'il y avait alors de grands hommes de guerre. Jean Huniade, sous le règne du premier qui ne régna pas, à ce qu'il me semble, en Pologne, humilia le sultan Amurath. Ce qu'il y a de sûr, c'est que Ladislas VII devint roi de Hongrie en 1440, six ans après avoir été élu roi de Pologne.
Vous avez eu dans le xvi« siècle, depuis 1576 jusqu'à 1886, Etienne Batory, grand prince de Transylvanie. Ces temps très peu philosophiques n'étaient pas celui .des parlements, ni des diètes, diétines, ni des notables, ni des insolents. Un grand seigneur faisait trembler un gentilhomme; un gentilhomme faisait trembler ses vassaux; les rois faisaient trembler les grands seigneurs, et rien n'était plus absolu et plus majestueux alors que les majestés polonaises. Oui, sûrement nous l'avons vu. La nation indépendante et victorieuse de ses voisins; ce fameux Etienne Batory, dont je viens de parler, avait ses régiments de heydoucs et de hussards, et, outre ses pancéni, quarante mille zaporogues, vingt mille cosaques de l'Ukraine et ses tartares de Lithuanie, appelés oulans, du nom de leur premier chef. Où sont vos forces maintenant et vos grands hommes? Revenons au temps présent. Je n'ai pas montré aux Russes ces lettres à Antoine Sulkowsky, mais je les ai envoyées à S. M. l'Empereur, qui vous fait dire en bon voisin de prendre garde à vous.
Voltaire a dit : Dieu ne doit pas pâtir des sottises du prêtre. L'impératrice ne doit pas perdre volve %s\v\.\é,^
(EUYRES DU PKiNCE OË LIGNE.
parce que le prince Potemkin a reçu ces joufHi plusîears d'entre vous, k ÉMmbeth-Gorod, suu culottes; cette nudité, repoussante pour eeuxpî ne le coûûaisseût pas, est une marque de coftfiance.Je suis fâché que quelques Polonais n'aient pas j souvent dîné peut*être avec Catherine 11, à lieWt i que la femine ou la maîtresse de quelques n'ait pas reçu le cordon de Sainte-Caîherîoe, m f» la physionomie de quelques autres ne lui ait pem^ être point paru agréable ; mais, en vérité, Cê «'«1 pas de quoi faire le malheur de huit milttoos Chili* tants.
L'ambassadeur Siackelberg, qui pouvait vûili (É« tant de tort à vous tous, a caché à sa mwm^^ toutes les imprécations et les blasphèmes îadàseatSi vomis cotitre elle dans votre diète de rannéepMi|||| j'en ai vu arriver ici les auteurs en tremblant, d tous s'en sont retournés contents. L'intérêt dc$ trois puissances est de vous en donner assez pour être une barrière entre elles ; mais qui sait si Tuh térêt particulier de quelques particuliers, ou l€sci^ constances, ne feront pas passer sur cet inlérêt général? Celui de la Russie est d'empêcher tous les partages (je le lui dis sans cesse), parce qu'elle a de l'influence sur toute la république et qu'elle n'ci aurait alors que sur la partie dont elle s'emparerait.
Faites valoir ceci, mes chers compatriotes, pour vous préserver d'être encore morcelés, divisés, privés même de votre nom : ce que je vous dis presqu'en versant des larmes. Je viens de dépoeer
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mes craintes à ce sujet dans le sein d'un des êtres les plus distingués des quatre parties du monde. Je lui ai écrit, à ce prince Adam Czartorinski, à qui je suis attaché tendrement dès notre enfance. Ses qualités brillantes, essentielles et sociales, ses manières, ses vertus, ses talents, sa générosité, son amabilité, tout enfin en lui est fait pour que vous le croyiez et qu'il me croie. Un autre de vos plus grands seigneurs, qui ne croit que sa conscience, Félix Potocki, soupçonné, dans la dernière diète, d'amertume contre la Russie, m'a touché aux larmes, lorsque l'autre jour à Nimirow, où il était venu de sa petite armée qui mourait de faim sans lui, à propos de la confédération dont j'ai parlé, il me répondit : je vendrai mes terres, je donnerai mes diamants et jusqu'à ma dernière chemise, pour empêcher la Pologne de perdre un pouce de terrain. Depuis plus de trente ans, accoutumés à attendre des nouvelles de Pétersbourg, vous les receviez au milieu des fêtes, vous ne vous aperceviez pas qu'on se mêlât quelquefois de vos affaires. Si quelque mécontent de n'avoir pas le S^ André qu'il avait demandé se plaignait de cette cour, on le laissait dire et l'on ne s'en amusait pas moins.
Varsovie était brillante ; l'on était heureux, malgré les canons, la figure et le nom du général Romanoflf.
Des lieux communs sur cette dépendance exerçaient vos orateurs à la diète. Quelques parodies des Romains et des Anglais attiraient les applaudisse-
hnents. Le soir, on ny pensait
[iBazours et on prenait un Russe pour amant
Quel démon, si ce n'est celui de la discorde, voos porte à présent à manifester une haine impkeMi, disent les tètes chaudes, qui, dans le fond, nesôflt que des têtes légères? on dirait qu'on veut prtdUl de la guerre de la Russie avec les Turcs : cela û'esi ni délicat, ni profitable; elle finit presque lussiAt quelle commence j et vingt mille hommes envoyfc chez vous feront contre soixante mille sur le pafiff ou même en nature, ce que quatre mille faisaieM autrefois contre douze dans les derniers lemi^ A^ confédérations.
Vos orateurs n*ont ni canons, ni talents, ni arienl. La désunion se mettrait d'abord parmi vus dwfe^ On ne vous avouera pas, ou Ton vous désavouera; on ne vous soutiendra pas, mais on vous envahira. Voici les derniers avis d'un compatriote qui vous aime, et que son devoir éloignera peut-être bienlôl de votre voisinage. Assez initié, dans ce moment-ci, dans les affaires de l'Europe et la connaissance du caractère de ceux qui les mènent, je mérite votre croyance, je dis plus, votre confiance. Laissez-moi vous donner plus que jamais celle du prince Potemkin, qui s'est refait Polonais, comme vous savez, qui aime le roi et sa nation : imitez son respect pour Stanislas-Auguste. Cet homme, puissant de corps, d'esprit, de richesse et de forces, a été son premier courtisan à ses deux entrevues, et lui a baisé la main de cet air soumis qui marque combien il faut donner
de Tautorité dans ce moment-ci aux souverains. Qu'il en ait beaucoup, messieurs; celui-ci, je le répète encore, n'en abusera pas. Si vous êtes tous Polonais, il ne sera ni Russe ni Prussien. Si vous voulez, à tête reposée, puisque rien ne presse et que Sa Majesté se porte bien, priez-la de se choisir un successeur parmi vous. On aura le temps de savoir s'il en est digne, s'il réunit les vertus et les vœux, s'il ne déplaît pas aux trois puissances, s'il a de quoi en imposer ou de quoi plaire généralement à la Pologne.
Que ce coadjuteur voyage, qu'il travaille, qu'il écrive, qu'il arrête les abus, en corrige quelquesuns avec l'air de ne pas innover, et assiste le roi, comme le fils aîné d'un bon père de famille.
Vous parlez quelquefois de rendre le royaume héréditaire : le passage de l'élection à la succession n'est pas aussi facile qu'on pense. La nation qui se dépouille de ce beau droit exige de terribles conditions et, reprochant bien souvent qu'on ne s'est donné que pour être protégé, se réserve le droit de refuser hommes et argent, lorsqu'on en a le plus besoin. Il serait dur pour un autre souverain d'être réduit à intriguer dans un royaume qui ne fait que se plaindre, représenter et menacer, et qui, au lieu de faire partie du grand ensemble, n'est qu'une espèce de mauvais aIJié de plus. Un petit prince étranger vous écorchera ; un grand prince étranger vous mangera : des alliances, des guerres oii il se servira de vous, vous détruiront. Un roi de Pologne,
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canaux feraient circuler partout For, les planches, le lin et le blé.
Pouf réussir à tout cela, je sens bien qu'il faut que le roi soit encore intrigant. îl le serait pour la dernière fois de la vie. Ses prédécesseurs Font été sans grands desseins ; ses successeurs n'auront plus besoin de Têtre. Les bienfaits, les ordres, les titres, la considération, lei les fêtes et la galan-
terie attireraient d' is le parti du roi les
femmes, qui font beai Pologne où toutes les
les affaires d'Ét( n de société : mais point
de préférence pour «■( f roi-ci a été trop lion-
nête homme avec isi qu'avec tout son
royaume. Il est amourt bonne foi, et souvent
inconstant de la meilleure roi du monde encore; voilà le plus grand reproche qu'on lui fait : et c'est ainsi qu il s'est souvent jeté dans un parti contraire au sien, qu'il diminuait parla. Qu'il soit un peu méchant pendant un an, il sera heureux toute sa vie.
Obligé de livrer la capitale à la corruption (parce qu'il n'y a pas moyen de lui arracher une capitale), il faudrait en préserver au moins les provinces et les faire rentrer dans leur ancienne pureté, soutenue par l'ivresse qui, faisant dire tout ce qu'on a sur le cœur, exclut nécessairement la fausseté, qui est presque toujours le partage des buveurs d'eau et des gens policés.
Ces usages hospitaliers, ces réceptions d'un voisin qui amène plusieurs fois avec lui cinq cents chevaux en visite, ces santés au bruit du canon, ces musi-
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