‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 34 sur 62 · A MADAME J.-G -. A OLLIOULES · texte numérisé non relu

A MADAME J.-G -. A OLLIOULES

Non loin d'ici, madame, un fléau redouté Qui rappelle de Dieu les vengeances bibliques, Promène l'épouvante et les terreurs publiques

Dans la populeuse cité.

Partout larmes et deuil, partout des catastropha

Les psaumes de David qui, des divines mains, Arrachent les partions implorés des humains, Vibrent en lamentables strophes.

Les mères dont la mort a dévoré les fils,

Pleurent près des berceaux, Rachels inconsolées : Les pâles orphelins, les veuves désolées Pressent les pieds du crucifix.

Et, martyrs du devoir, les mains vers Dieu tendues, Prêtres et magistrats recueillent les cercueils : Comme, après la tempête, on va sur les écueils Ramasser les barques perdues.

Vous savez ce qu'inspire un désastre pareil. Tout cœur, ful-il trempé comme un fer de Tolède, Trouve la mort cent fois plus horrible et plus laide Sous ce repoussant appareil.

Aussi, quand débuta l'affreuse épidémie, Quand vous m'avez crié : « l'heure presse, venez Abriter sous mon toit vos lares consternés î <> J'acceptai pour eux l'offre amie.

Eh ! pouvais-je, madame, hésiter un moment ? Je savais trop combien votre âme douce et grave, A la bonté sincère, à la grâce suave

Mêle de profond dévouement.

Nous ressentons déjà l'effet de ce diclame. Votre hospitalité c'est la paix, c'est l'oubli. Dans notre intérieur le calme est rétabli, L'espoir refleurit dans notre âme !

Tout est. auprès de vous, parfums, lumière, accord. Aucun râle de mort n'y trouble nos oreilles. Nous avons des enfants, du soleil et des treilles, La santé de l'âme et du corps.

Nous n'y savourons pas une paix égoïste. Pour les morts, pour tous ceux qui souffrent près de nous, Nous élevons vers Dieu chaque soir, à genoux, Notre voix suppliante et triste.

Soyez bénie, ô vous dont l'ardente oraison Du fléau moissonneur émousse la faucille, Vous qui daignez ouvrir à ma jeune famille Votre cœur et votre maison.

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