A UN POÈTE SOURD-MUET
J:ai lu ton livre, ami, ton livre étincelant De tous les chauds rayons du cœur et du talent. D'où vient donc qu'à travers tes hymnes qu'on admire. Eclatent contre Dieu des reproches secrets ? Et d'où vient qu'en les vers, de tant d'amers regrets Ton destin est le point de mire ?
Ne le plains pas ainsi du sort : dès le berceau Du génie à ton front il imprima le sceau. Si Dieu l'a refusé la parole et l'ouïe, 11 t'a dédommagé de ces biens précieux. C'est par lui qu'en ton sein, comme une fleur des deux, La lyre s'est épanouie.
Vois, pour te consoler de ton infirmité, Combien plus richement qu'un autre il t'a doté ! Combien de jeunes gens que ta douleur envie, Superbes nullités dont l'or seul resplendit, Tandis qu'on te couronne et que l'on t'applaudit. Passent ignorés dans la vie !
Ton oreille est en vain fermée aux grands concerts Dont les flots et les bois font retentir les airs. Pour les chanter, la lèvre en vain reste muette. Tes vers nous ont traduit leur rythme et leurs accord Et ces échos divins surgissent sans efforts De ta poitrine de poète.
Donc, la nature en toi parle aussi haut qu'en nous. Toutes ces voix du ciel qu'on écoute à genoux Ton âme les entend , ton esprit les recueille. Et tu peux dans tes chants nous dire chaque jour Ce qu'échangent entre eux de parfums et d'amour L'onde et le vent, l'arbre et la feuille.
Lorsqu'aux marges des bois sur l'herbe tu t'assie Is, Les bruits extérieurs expirent à tes pieds. Dieu se révèle à toi dans son œuvre suprême. Tu lis jusques au fond des mondes en travail Et ton œil scrutateur ne perd pas un détail
De ce grandiose poème.
Un silence éternel que rien ne peut troubler Enveloppe ta vie et semble la doubler.
Ton âme est plus sereine et plus contemplatif. Etrangère aux soucis qui dévorent nos cœurs, Ta pensée ici-bas prête aux célestes chœurs Une oreille plus attentive,
El quand je les retrouve en ton livre enchanteur, Je me dis que des biens le grand dispensateur Ne t'a point oublié dans sa munificence. Pour le remercier de ses faveurs, au lieu D'un stérile regret, fait retentir vers Dieu Ta pieuse reconnaissance.