LE QUART DE NUIT
.Minuit ! la vigie inquiète Veille, immobile sur le pont, Les cieux infinis sur sa tète, Sous ses pieds l'océan sans fond.
La mer déferle aux bastingage-.
Le vent gémit dans les corda- <)!i ! dit le pensif matelot.
Quelle voix pleure ainsi là-haut !
Tandis que son brick fend les lames, 11 entend, sous les flots glacés.
Se lamenter les milliers d'àmes Des pauvres marins trépassés.
« II fait bien froid dans ces abîmes, Murmurent les pâles victimes.
Oh ! dit le matelot surpris, D'où montent ces lugubres cris !
Et, rude nature attendrie Par la solitude et la nuit, Il pense à sa femme qui prie, A son fils qui grandit sans lui, Au foyer gardé par l'aïeule Qui vieillit et qui souffre seule.
(Jh ! dit le matelot rêveur, Où sont ces amours de mon cœur t
Quatre heures : l'orient s'éclaire.
La mer roule des goémons, Et jusqu'à bord le vent de terre Apporte le parfum des monts.
Voici les mouettes cendrées, Et l'algue verte des marées.
Oh ! dit le matelot joyeux, La terre apparaît à mes yeux.