‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 48 sur 62 · LE QUART DE NUIT · texte numérisé non relu

LE QUART DE NUIT

.Minuit ! la vigie inquiète Veille, immobile sur le pont, Les cieux infinis sur sa tète, Sous ses pieds l'océan sans fond.

La mer déferle aux bastingage-.

Le vent gémit dans les corda- <)!i ! dit le pensif matelot.

Quelle voix pleure ainsi là-haut !

Tandis que son brick fend les lames, 11 entend, sous les flots glacés.

Se lamenter les milliers d'àmes Des pauvres marins trépassés.

« II fait bien froid dans ces abîmes, Murmurent les pâles victimes.

Oh ! dit le matelot surpris, D'où montent ces lugubres cris !

Et, rude nature attendrie Par la solitude et la nuit, Il pense à sa femme qui prie, A son fils qui grandit sans lui, Au foyer gardé par l'aïeule Qui vieillit et qui souffre seule.

(Jh ! dit le matelot rêveur, Où sont ces amours de mon cœur t

Quatre heures : l'orient s'éclaire.

La mer roule des goémons, Et jusqu'à bord le vent de terre Apporte le parfum des monts.

Voici les mouettes cendrées, Et l'algue verte des marées.

Oh ! dit le matelot joyeux, La terre apparaît à mes yeux.

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