MÉDUSE
Dire qu'en fait de noms, il n'en esl pas de pire ! Quelle répulsion, quelle horreur il inspire ! Et cependant, il est si doux à prononcer Que la lèvre en ressent le charme d'un baiser.
Ce nom, si l'on remonle aux fables de nos pu Rappelle un iront hideux hérissé de vipères, Un regard où l'enfer tout entier concentré, Pétrifiait celui qui l'avait rencontré !
Si de la fable on passe à l'histoire, quel drame. Quel désastre, quel deuil il éveille en notre âme ! Le banc d'Argiuo, deux cent soixante malheureux
Nus, fous, sur un radeau se dévorant entre eux
Et semant l'océan, où les poursuit l'orage,
De squelettes sanglanls morts de faim et de rage !
Puis, dans un galetas, morne, découragé,
D'un art qui le trahit immortel naufragé,
Son chef-d'œuvre à ses pieds que la France refuse,
Apparaît Géricauît tué par la Méduse.
Sur les bords de la mer, l'été, ce nom fatal Consterne les baigneurs. — Des cloches de cristal Flottent entre deux eaux, devançant la bourrasque. Ces mollusques visqueux, chair incolore et flasque, Scintilllants au regard, dégoûtants au toucher, Se frottent au nageur qui s'en laisse approcher Et leur contact secrète une liqueur impure Qui produit sur la peau l'effet d'une brûlure. C'est encor la Méduse, encor le nom maudit, Et le sauve-qui-peut sur le bord retentit.
Ainsi., je le répète, il n'en est pas de pire.
Rien n'égale l'effroi qu'à chacun il inspire.
Mais n'importe ! aucun nom des hommes ou des dieux
Xe fut plus caressant ni plus mélodieux,
Et l'on est stupéfait de ce contraste étrange
Que l'on ait à Satan donné le nom d'un ange !