‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 7 sur 62 · UN COIN DES ALPES · texte numérisé non relu

UN COIN DES ALPES

0 vieux monts, couronnés de neige et de sapins.

Qui fermez jusqu'aux cieux les horizons alpins :

Assemblage inconnu d'antillièses géantes :

De pics élincelants et de gorges béante-.

D'ombre et d'éclairs, de rocs pelés, de lacs sans fond,

D'épouvantables bruits, de silence profond î

( i monde irrévélé, charmant et grandiose ;

Poème primitif où chante toute chose,

Image de l'Eden terrible et gracieux !

Où la cascade en pleurs semble jaillir des cieux,

Où, troublant les échos des forêts centenaires,

La voix humaine éveille un concert de tonnerres !

Où le hardi touriste embrasse d'un coup d'œil

Le repaire de l'ours, le nid de l'écureuil,

Le buisson qui nourrit l'espiègle troglodyte

Et l'auguste sommet que l'aigle seul habite !

Glaciers immaculés qui défiez nos pas,

Pareils à l'idéal qu'on rêve. . . et n'atteint pas ;

Qui, lorsque la tempête en feux vient s'y résoudre,

Dans vos flancs de cristal réverbérez la foudre ;

D'où l'avalanche, ainsi qu'un spectre au manteau blanc

Enveloppe, engloutit le muletier tremblant ;

Bois sacrés où le vent, dans les chênes celtiques

Exhale au firmament ses austères cantiques :

Où le pin résineux, par l'ouragan penché,

Surplombe sur le lit du torrent desséché :

Et, courbant sur les eaux son tronc de patriarche,

Jusqu'au bord opposé s'élance comme une arche !

Solitude où le cœur plus libre en nous bondit,

Où l'esprit retrempé s'épure et s'agrandit ;

Frais ravins tout bordés de cressons et d'acanthe

Que la rainette verte avec amour fréquente

Et dont la bergerette, hùte des clairs ruisseaux,

Va picorer, le soir, les roses vermisseaux :

Où le merle siffieur, dans l'épineuse haie,

Lustre son noir plumage et becqueté la baie !

Vallons où le printems qui fleurit le gazon

Rappelle les troupeaux à l'épaisse toison :

Où les grasses brebis, dans la source irisée,

Désaltèrent leur soif par le thym aiguisée,

Tandis qu'un pâtre enfant cueille aux marges du bois

Les fruits de l'arbousier, rouges comme ses doigts î

— iO —

0 nature sublime où le désir m'emporte ! Aussi Mie, aussi pure, aussi jeune, aussi forte Que lorsque tu sortis des mains du Créateur ! Je t'aime et je t'admire en toute ta splendeur. Jusqu'à ce jour, la voix qui parle dans les veilles. Seule me racontait ta gloire et tes merveilles. Aujourd'hui je t'ai vue, et mon œil ébloui Gravera dans mon sein ton spectacle inouï. J'ai fait sur tes sommets mon saint pèlerinage, Et j'ai sur leur autel consacré mon hommage, Pour que mon souvenir adore de tout tems L'artiste qui sculpta tes dûmes éclatants î

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