PORTRAIT
Deux lèvres de corail qu'appelle le baiser ;
Deux grands yeux pleins d'éclairs, capables d'embraser
D'un trait les âmes les plus fières ; El seize ans!... que l'on voit, dorés d'illusion>, Briller sur son front pur comme seize rayons,
Comme seize fleurs printânières !
De blanches mains d'enfant, des doigts si déliés. Si roses, qu'on dirait à les voir repliés
Sur le fil de sa broderie.
Les doigts des chérubins lissant aux pieds de Dieu, Pour les éparpiller d'un souffle dans Tair bleu,
Les fils de la \ierge Marie î
Ee noirs cl e/cux ; un front plus blanc que les jasnîins Une taille à remplir à peine les deux mains!
Une voix fraîche comme Taube ; Tant de grâce et de goût dans ses moindres atours. Qu'on croirait toujours voir quelque groupe d'amours
Blottis dans les plis de sa robe !
Tant d'éclats de gaîté si soudains et si francs : Tant de soins, de pitié pour les êtres souffrants,
Tant de cœur, tant d'espièglerie, Qu'à sauver sa raison avant qu'on ait songé, On se surpren 1 près d'elle en extase plongé
Et qu'on l'aime à l'idolâtrie !
Voilà le doux portrait de cetle douce enfant Do'it nul pleur ne ternit le regard triomphant.
Dont Dieu bénit les destinées Et dont le jeune sein, tout gonflé de désirs, Effeuille, au vent heureux du rire et des plaisirs,
Son frais bouquet de seize années !
Le soir qu*elle naquit, sur son berceau d'osier, Ee rossignol chantait, chantait à plein gosier.
Les cieux ruisselaient de lumière.
Les mères apportaient des souhaits et des fleurs El leurs baisers rivaux séchaient les premiers plcur^
Qui perlèrent à sa paupière.
AiUour Je ce berceau brillèrent tous les Jons Que, pour les êtres chers, au ciel nous demandons.
Il n'y manqua que la richesse :
Fcc au rapide char, si charmante jadis, Mai.*^ qui, prostituée aux bras des juifs maudits.
Du veau d'or s'est faite prêtresse.
Mais Dieu de la fortune a réparé l'oubli.
i\n ange, grâce à lui, n'est que plus accompli.
Elle a la liberté qu'elle aime, La bonté dans le cœur, la gailé dans les yeux Kt le soleil, qui fait luire à son front joyeux
La beauté comme un diadème ?
Son atelier est plein de rubans et de fleurs. El l'on dirait à voir chatoyer ces couleurs,
Ces flots de tulle, ces dentelles.
Que, pour ce toit, quittant les jardins et les prés, Oiseaux, insectes d'or, papillons diaprés,
V^iennent tous y battre des ailes.
Là, robes de satin, voile blanc, frais toquet
Oue la vierge, à douze ans, porte au divin banque!
Où la Fête-Dieu la convie ; Toilettes d'hyménée et de bal, chaque jour Eiloseni,. ... et son art préside avec amour
A tous les bonheurs de la vie.
Qu'impolie qu'au travail ses bras soient flonc voués? Les anges du Seigneur ne sont pas mieux cloués
Que Dieu n'a doué Marguerite ; Et les palais^ remplis de luxe et d'échansons, Connaissent moins de joie et de folles chansons
Que le joli toit qui l'abrite.
C'est dans ce nid heureux qu'elle rit, qu'elle coud, Qu'elle brode, en chaulant, ses chefs-d'œuvre de goût
Pour des marquises surannées, Et qui lui donneraient volontiers tout leur or S'il pouvait s'échanger contre son doux trésor,
Son frais bouquet de seize années ! . , .