LA MÉSANGE DES GRÈVES
Sur les bords de la mer d'où l'hiver la bannit^ Au retour des beaux jours la mésange est tardive Et, dans les tamaris, l'oiseau mignon n'arrive Qu'à la fm du printemps pour y cacher son nid.
— Les pécheurs de corail rament loin de la grère. Les prés sont pleins de fleurs, les arbres pleins de sève. Le chèvre-feuille exhale un parfum de benjoin :
Viens sous ma tonnelle Abriter ton aile, Doux oiseau de juin.
C'est pour loi, lu le sais, qu'autrefois j'ai planté,
— Outre le chèvre-feuille à fleurir si précoce, —
-- lU —
La blonde vigne-vierge et le lierre d'Ecosse, La verte passifflore amante de l'été.
Ils grimpent, enlaçant leur verdure vivace, Jusque sur mon vieux toit que le lierre crevasse Mais dont il consolide et ferme chaque joint.
Viens sous ma tonnelle
Abriter ton aile.
Doux oiseau de juin.
Tu voltiges dès l'aube autour de nos îlots. Tu te plais sur nos bords battus par les tempêtes. Le grave rossignol qu'admirent les poètes Craindrait de s'enrouer à l'àpre vent des flots. Des fleuves et des parcs il lui faut les ombrages. Ce magistral du chant dédaigne nos rivages, Mais nous t'y chérissons, toi, son rustique adjoint.
Viens sous ma tonnelle
Abriter ton aile.
Doux oiseau de juin.
Sur la cime des pins où mon regard t'attend. J'ai hâte de revoir comme lu t'égosilles. De l'entendre égrener tes arpèges, les trilles. Comme des perles d'or dans l'azur éclatant. C'est si rare, une joie innocente assouvie ! Et puis, dès que son pas s'attarde dans la vie,
L'homme^ hélas ! par la mort est si vite rejoint î Viens sous ma tonnelle Abriter ton aile.
Doux oiseau de juin.
Quand les oiseaux d'hiver en mars ont déserté,
L'hirondelle frileuse au nid est revenue.
La mésange du sien ne s'est pas souvenue
Et me voici doutant de sa fidélité.
— Et pourtant. Mai remplit de roses mes corbeilles.
Mon chèvre-feuille en fleurs, pillé par les abeilles.
Exhale dans l'air tiède un parfum de benjoin.
Viens sous ma tonnelle
Abriter ton aile,
Doux oiseau de juin !