SCÈNE PREMIÈRE
GUILLAUME à son bureau, des papiers et des livres de comptes devant lui; puis un facteur.
GUILLAUME, Seul,
Encore deux nouveaux clients celte semaine ! Oh î combien le travail est doux, quand il amène
Dans la maison, Taisance et la sccurilé ;
Dans les bras, dans le cœur, la force et la gaîtc î
La paresse jamais ne profile à personne,
Et c'est en tout qu'il faut semer pour qu'on moissonne.
Mon commerce modeste enfin m'a réussi.
Les gains n'y sont pas grands, sans doute ; mais aussi
S'il survient quelque perte, on la comble plus vile.
UN FACTEUR, entrant.
Un pli. Monsieur.
C'est bien.
fie facteur sort, Guillaume lisant la lettre J
De Fabrice. Il s'invite A dîner. Bon ! je peux îe solder aujourd'hui Et je n'abuserai pas plus longtemps de lui. Je savais qu'il viendrait, d'ailleurs, et sa présence Qui me gênait, m'est chère en celle circonstance. Sans doute il ne m'aurait point tourmenté. . . pourtant, Ne pouvant m'acquitler, je n'étais pas content.
f Pendant qu'ail ouvre une cassette et compte de VargentJ
Avant que ma fortune eût subi ce naufrage
D'où je n'ai rien sauvé, — si ce n'est mon courage, —
Un créancier paisible élait moins redouté
Que dix qui me traquaient avec férocité.
Contre l'homme acharné qui de ses droits abuse,
.Vai pour moi, dans le jour, l'impudence et la ruse.
Puis, le soleil couché, je sors fier et moqueur. Mais l'homme qui se tait, hélas ! va droit au cœur Et son désir, qu'exprime une réserve extrême, Est d'autant plus pressant qu'il m'en charge moi-même.
(^11 compte de V argent sur la table.J
Que de remercîmentsje dois à la bonté, 0 Dieu qui m'as rendu ma chère obscurité ! Ta bénédiction dans les pelites choses, A moi ! qui, tout épris de projets grandioses, Méprisai tes bienfaits et vis, en un seul jour. Mon orgueil et mon or engloutis sans retour !
[Soulevant un registre,)
D'ailleurs, Dieu n'ai Je pas qui ne s'aide soi-même.
Cependant, sans l'aimable et chère enfant que j'aime,
Serais-je là, chiffrant depuis que l'aube a lui ?
Marguerite î ton cœur ignore que celui
Que tu crois ne pouvoir jamais chérir qu'en frère.
Nourrit pour l'avenir un espoir tout contraire.
Souvent je dis, en proie à ce doute cruel :
«< M'aime-t-elle autrement que d'un cœur fraternel ? »>
Et ce doute du haut des cieux me précipite !. . .
flîaul, avec passion. J
Non, j'aurai ton amour et ta main, Marguerite î m 13