‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 63 sur 77 · GUILLAUME, MARGUERITE · texte numérisé non relu

GUILLAUME, MARGUERITE

MARGUERITE, entrant par la gauche.

Vous m'appelez ? J'accours, mon frère.

GUILLAUME, re'Jevenant cahne et réservé»

Ah ça ! je crois Que lu rêves.

Du tout, je connais votre voix Et \i\\ parfaitement entendu.

GUILLAUME

Non, ma belle.

Tu siens à chaque instant dire que je l'appelle.

MARGUERITE

Cliarinanl, Monsieur !... C'est donc pour me jouer ainsi Que Ton me fait venir de !a cuisine ici?. . .

GUILLAUME

Ah î ne me gAle pas ce beau jour, je l'en prie. Quoi, lu boudes?

MARGUERITE , fâchée.

Moi? non.

GUILLAUME, s' approchant d'elle.

Dis-moi, ma sœur cliérie.

Pour le repas du soir que vas-lu nous donner?

MARGUERITE, vlant.

Tiens ! vous vous occupez du menu du dîner ? C/est la première fois, bien sûr, de votre vie.

GUILLAUME

Oui, je veux notre table aujourd'hui bien servie ; Il vient de m'arriver un convive.

MARGUERITE

Vraiment ?

Et c'est?...

Devine?

MARGUERITE

Lui ?

GUILLAUME

C'est lui, précisément.

MARGUERITE

Tant mieux ! il m'apprendra la chanson qu'il m'a faite El que je veux savoir pour le jour de ma fjtc.

GUILLAUME

Eh î comme te voilà bien vite en bol'e humeur ! Tu l'aimes donc beaucoup cet éternel rimeur ?

MARGUERITE

Sans doute, il est si bon, Fabrice î... et comme il cause !

Il vous apprend toujours quelque nouvelle chose.

L'autre jour, au jardin, il visita mes fleurs ;

]I admira longtemps leur grâce et leurs couleurs ;

Il m'expliqua leurs goûts, leurs amours fortunées,

Et, ce qui m'étonna, leurs secrets hy menées.

Je vous l'ai raconté, je crois, le lendemain ?

GUILLAUME

Il a toujours des fleurs ou des vers à la main, Et c'est pour toi, toujours. . .

Eh bien î allez -en être Jaloux, à présent.

GUILLAUME

Non, mais je voudrais connaître D'où vient que ses chansons te tiennent tant au cœur. C'est pour faire applaudir ta belle voix?. . .

MARGUERITE

Moqueur î . . .

Oui, j'apprends à chanter, mais c'est pour vous distraire. Quand votre front se penche et s'assombrit, mon frère, Vite, je le relève avec un gai couplet, Et vos ennuis s'en vont quand la chanson vous plaît.

GUILLAUME

Tu le devines donc?

MARGUERITE

Oui, Guillaume. Une femme Lit toujours mieux que vous clans le fond de votre à me. Je parie avec vous que, si ce n'était moi. Souvent vous souffririez sans vous douter pourquoi. Mais je babille trop ; adieu, le dîner presse, Et y y veux faire bonneur. — Voyons, une caresse?

GUILLAUME

Non, tout à Theure, à (ablc. . . avec tout ton loisir.

MARGUFRITE.

Comme les frères sont grossiers. . . C'est un plaisir î

Ab ! si je permettais à tout autre jeune homme

De me prendre un baiser... même à Fabrice... comme

Ce bonheur les ferait sauter jusqu'au plafond !

Et voilà le grand cas que les frères en font !

Eh bien, je vais brûler le dîner.

GUILLAUME courcint après elle.

Marguerite î

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