GUILLAUME, MARGUERITE
MARGUERITE, entrant par la gauche.
Vous m'appelez ? J'accours, mon frère.
GUILLAUME, re'Jevenant cahne et réservé»
Ah ça ! je crois Que lu rêves.
Du tout, je connais votre voix Et \i\\ parfaitement entendu.
GUILLAUME
Non, ma belle.
Tu siens à chaque instant dire que je l'appelle.
MARGUERITE
Cliarinanl, Monsieur !... C'est donc pour me jouer ainsi Que Ton me fait venir de !a cuisine ici?. . .
GUILLAUME
Ah î ne me gAle pas ce beau jour, je l'en prie. Quoi, lu boudes?
MARGUERITE , fâchée.
Moi? non.
GUILLAUME, s' approchant d'elle.
Dis-moi, ma sœur cliérie.
Pour le repas du soir que vas-lu nous donner?
MARGUERITE, vlant.
Tiens ! vous vous occupez du menu du dîner ? C/est la première fois, bien sûr, de votre vie.
GUILLAUME
Oui, je veux notre table aujourd'hui bien servie ; Il vient de m'arriver un convive.
MARGUERITE
Vraiment ?
Et c'est?...
Devine?
MARGUERITE
Lui ?
GUILLAUME
C'est lui, précisément.
MARGUERITE
Tant mieux ! il m'apprendra la chanson qu'il m'a faite El que je veux savoir pour le jour de ma fjtc.
GUILLAUME
Eh î comme te voilà bien vite en bol'e humeur ! Tu l'aimes donc beaucoup cet éternel rimeur ?
MARGUERITE
Sans doute, il est si bon, Fabrice î... et comme il cause !
Il vous apprend toujours quelque nouvelle chose.
L'autre jour, au jardin, il visita mes fleurs ;
]I admira longtemps leur grâce et leurs couleurs ;
Il m'expliqua leurs goûts, leurs amours fortunées,
Et, ce qui m'étonna, leurs secrets hy menées.
Je vous l'ai raconté, je crois, le lendemain ?
GUILLAUME
Il a toujours des fleurs ou des vers à la main, Et c'est pour toi, toujours. . .
Eh bien î allez -en être Jaloux, à présent.
GUILLAUME
Non, mais je voudrais connaître D'où vient que ses chansons te tiennent tant au cœur. C'est pour faire applaudir ta belle voix?. . .
MARGUERITE
Moqueur î . . .
Oui, j'apprends à chanter, mais c'est pour vous distraire. Quand votre front se penche et s'assombrit, mon frère, Vite, je le relève avec un gai couplet, Et vos ennuis s'en vont quand la chanson vous plaît.
GUILLAUME
Tu le devines donc?
MARGUERITE
Oui, Guillaume. Une femme Lit toujours mieux que vous clans le fond de votre à me. Je parie avec vous que, si ce n'était moi. Souvent vous souffririez sans vous douter pourquoi. Mais je babille trop ; adieu, le dîner presse, Et y y veux faire bonneur. — Voyons, une caresse?
GUILLAUME
Non, tout à Theure, à (ablc. . . avec tout ton loisir.
MARGUFRITE.
Comme les frères sont grossiers. . . C'est un plaisir î
Ab ! si je permettais à tout autre jeune homme
De me prendre un baiser... même à Fabrice... comme
Ce bonheur les ferait sauter jusqu'au plafond !
Et voilà le grand cas que les frères en font !
Eh bien, je vais brûler le dîner.
GUILLAUME courcint après elle.
Marguerite î