BOUTADE
A quoi bon, chaque jour, m'étourdir les oreilles, Et, me vantant Paris et ses rares merveilles, Dire : Ce n'est que là qu'on peut se faire un nom ? Vous perciez votre temps; je vous ai dit que non ! Je ne quitterai pas cette mer qui m'inspire, Ni mon ciel au constant et lumineux sourire. Je suis très bien ici . Les pauvres ouvriers M'apportent, tous les ans, un rameau de lauriers Dont le prix est, pour moi, plus doux que la couronne Que la reine du monde à ses poètes donne ! Trouverai-je à Paris mes forêts de vaisseaux Dont les mâts, jusqu'au ciel, s'élancent en faisceaux ? M'y rendrez-vous le chant de mes cloches natales, Le palmier, l'olivier, les brunes provençales?
Non, n'est-ce pas? Eh bien! laissez-moi mon chantier, Mon marteau destructeur, l'honneur de mon métier : Laissez-moi mes amis; laissez-moi, pour théâtre, L'étagère grotesque et son tapis de plâtre ; Car, si vous revenez me parler du bonheur Que peuvent procurer l'aisance et la grandeur, Je me retrancherai derrière ce principe : Une vierge d "amour, ma truelle et ma pipe.