CHANT DE DESIREE
•< Je te salue, aube naissante !
Tu rougis la mer caressante Et tu viens, pourpre de plaisir , Annoncer que le roi du monde Qui de ses clartés nous inonde, Pour féconder la terre et l'onde Sous notre ciel va revenir.
« La lune à l'occident s'efface.
Le soleil, son époux, la chasse
En prenant son royal essor.
Ces blanches el froides rosées Dont, le malin, sont arrosées Nos fleurs aux coupes irisées, Ce sont les pleurs de ses yeux d'or.
« Voici que l'oiseau maritime De nos vergues rase la cime.
Dans le remous du gouvernail, Blanc goéland, baigne tes pattes Aussi frêles que délicates, Et dont les anneaux écarlatcs Ressemblent au plus pur corail.
« Huit beures ! la brume épaissie Par le soleil est éclaircie.
Ecoutez rouler le tambour :
On livre les voiles mutines Aux fraîches brises levantines, Et sur les hautes brigantines Le drapeau monte avec le jour.
<> De loin, ces mâtures si belles, Ces pyramides de dentelles, Ces drapeaux aux vives couleurs Semblent des harpes éoliennes, Ou des villas aériennes,
Avec des haubans pour persiennes Et des toits pavoises de fleurs. »
■ « Ecoule, Désirée, entends-tu ces bruits vagues? Regarde frissonner la crinière des vagues t Vois quel nuage immense escalade les cieux... L'aurore, lout-à-coup d'un orage est suivie !... C'est ainsi que les maux, obscurcissant la vie, <• Troublent les jours les plus heureux ! «
« Fuyons ! déjà le vent fait moutonner les lames... — Sur les flancs de l'esquif se courbèrent les rames Son mât, sans se briser, plia comme un roseau. Mais il fut à l'abri dans l'anse du rivage, Bien avant que la mer, sous le fouet de l'orage, Eût bondi comme un grand troupeau !