FRAGMENT
Qui pourrait résister à ta voix souveraine Génie! et qui pourrait à ton chant de sirène
Dérober L'esquif de ses jours, Quand tu parles ainsi dans 1 a nie du poète, Et que tu lui promets l'influence secrète
Qui le fait vivre pour toujours ?
Tu nous fais entrevoir la plus riche existence ; Pais une fois parti, noir coursier de souffrance, Comme un ronge volcan qui bont,
Des laves de la mort tu recèles la source.
Et n'importe à quel point aboutira ta course, Toujours un abîme est au bout.
Mais puisque île tes coups l'homme se glorifie, (iénie! en avant donc, et je me sacrifie
Aux lois des destins ennemis :
Afin que je sois grand, que tu m'immortalises, Que mon nom me survive, et que tu réalises
Tous les biens que lu m'as promis!
Et, nouveau Mazeppa, sur la fatale croupe
Déjà nous franchissions les mers. L'humide troupe
Des vagues regardait notre rapide groupe
Dépasser l'horizon.
Et leur blanche toison S'agitait pour nous suivre. Et bien loin, en arrière, Nous les laissions toujours, dans l'immense carrière Où nos pas soulevaient en guise de poussière,
L'écume de leurs fronts.
Leurs nombreux escadrons Ne semblèrent bientôt qu'une large surface : Et nous disparaissions dans les champs de l'espace, Pareils à la vapeur qui dans les cieux s'efface.
Des colosses ailés
Sur les flots dentelés Passaient auprès de nous, comme de hauts fantômes; Puis, dans L'éloignement. on eût dit des atomes;
Et j'entendais, au loin, les mystérieux gnomes Gémir dans les rochers,
Effroi des vieux nochers.
El soudain je voyais surgir de l'onde amère Les mille dieux marins de Virgile et d'Homère, Animant l'océan de leur propre colère,
Et ces dieux irrités
Nous criaient : arrêtez !
• Arrêtez ! c'est ici notre éternel empire: « Ici des vains mortels l'ambition expire ;
• Ici deux sont venus, en tra:tde flamme inscrire
« Sur les Ho'.s en courroux :
" AlCL'N AUTRE APKÈS NOUS!