‹ Œuvres (volume 5)Chapitre 50 sur 96 · LA VAGUE AU CHRIST · texte numérisé non relu

LA VAGUE AU CHRIST

Vague, qui sur nos bords te brises, Un Christ flotte en ton sein vermeil Comme, au milieu des vapeurs grises, Flottent les matinales brises, Avant le lever du soleil.

Fille de l'Océan qui gronde, 0 vague, dis-nous d'où tu sors !

D'où te vient le Sauveur du mon le Que le chaste azur de ton onde Dépose aujourd'hui sur nos bjrds"?

Serait-il l'auguste héritage

Ou le scapulaire d'amour

De quelque vierge au doux visage,

Que les flols, en un jour d'orage, Engloutirent dans leur séjour?

Pour bercer la divine image Dis-nous quel céleste zéphir Gonfla ton mobile corsage !

Soufïla-t-il de Tardent rivage Que sablait jadis l'or d'Ûphir?

Souffla-t-il des bibliques rives Où se balancent les palrr.iers"?

Ou, de ses ailes fugitives, A-t-il aux forêts primitives Caressé les nids des ramiers ?

Vague, sur les murs où tu rôdes, Aurais tu vu le Saint-Esprit Féconder tes flancs émeraudes ?

Fuis- tu les modernes Hérodes Qui voudraient mutiler ton Christ ?

Va, pour que le ciel t'ait choisie Parmi tes innombrables sœurs, Pour que l'océan s'extasie, Pour que la falaise noircie Ta.lrcsse ses sublimes chœurs,

Il faut que ion onde soit sainte ; Que jamais l't'cumeur des mers N'ait sur elle laissé d'empreinte :

Qu'elle n'ait jamais été teinte Par le sang ni par les éclairs !

Vois notre mer, que l'algue émaille, Te guider mollement au bord !

Et ce roc, que la lame assaille, Ne dirait-on pas qu'il tressaille, Et qu'il t'accueille avec transport !

Béni soil le vent qui te pousse De si loin sur un bord chrétien, Et dont l'haleine tiède et douce Sur un lit de sable et de mousse Pose le Dieu de Eethléem !

Laisse sur la grève marine, Laisse sans regret ni remord, Cette croix", épave divine, Dont l'ébène sur ma poitrine Brillera jusques à ma mort.

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