‹ Œuvres (volume 5)Chapitre 55 sur 96 · L'OISEAU DE TEMPÊTE · texte numérisé non relu

L'OISEAU DE TEMPÊTE

Frère de la blanche mouette, Toi dont l'aile ne prend l'essor Qu'avec celle de la tempête, Et qui, sans redouter la mort, T'aventures, frêle victime, Sur les flots du sonore abîme, Comme le poète sublime S'abandonne aux vagues du sort ;

Dans ces déserts où tu t'isoles, Où sur toi l'écume des flots Pend, comme les cheveux des saules Sur le marbre blanc des tombeaux,

Viens-tu déplorer le naufrage Des vaisseaux détruits par l'orage Et dont la mer à leur rivage Ne renil pas même les lambeaux ;

Sombre oiseau, tu ne sais te plaire Et tu ne semblés te blottir Qu'au sein des lames en colère, Toujours prêtes à t'engloutir :

Pareil à ces âmes chrétiennes Qui, dans les tempêtes humaines, Trouvent, même au sein de leurs peines, Dn abri pour s'en garantir.

J'aime à le voir quand tu t'obstines A lutter contre l'aquilon, Quand sur les varechs tu piétines Comme l'alouette au sillon :

Lorsque, souple et forte, ton aile Hase la vague solennelle El que ta grêle \oix se mêle A son orageux tourbillon.

J'aime à voir la grève où tu marches, Ses algues où tu le nourris, Et les aériennes arches Que de flot en flot tu décris,

Et Ion vol saccadé, qui Irace Un long aqueduc dans l'espace, Dont la tempête sur ta trace Dis; erse soudain les débris.

Dans ces solitudes profondes Dont lu connais tous les secrets, Va, de Dieu, pèlerin des ondes.

Faire pressentir les décrets.

Dis au nocher qu'il se défie Des beaux jours auxquels il confie Ses biens, son navire et sa vie; Car l'orage les suit de près.

Et si parfois le calme cloue Quelque vaisseau sur l'Océan Passe, et cache-toi sous sa proue, Avant-courrier de l'ouragan.

Le marin qui maîtrise Tonde, Pour explorer les flancs du monde A besoin que la mer l'inonde Et rugisse comme un volcan.

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