‹ Œuvres (volume 5)Chapitre 84 sur 96 · CHANT DR DESIREE · texte numérisé non relu

CHANT DR DESIREE

« Que j'aime à voir l'écharpe blanche Dont la mer ceint notre bateau, Et l'onde qui sous lui se penche Comme la branche sous l'oiseau !

Que j'aime entendre le murmure Qu'exhale sa poitrine obscure,

Comme on entend, sous la verdure, Couler l'harmonieux ruisseau!

« Le flot, commejun amant fidèle Qui suit l'objet de ses amours, S'attache aux pas de la nacelle .

Il lui dit : « Ralentis ton cours.

Laisse-moi, coquette inhumaine, Arrondir sur ton sein d'ébène L'écume qu'à tes pieds je traîne. . .

Et la nacelle fuit toujours !

« Voici qu'une brise plaintive Vient bercer les flots assoupis.

Chacun d'eux brille sur la rive Comme un oiseau de paradis.

Car l'astre de la nuit se lève Joyeux comme après un doux rêve, Et sa lumière sur la grève Blanchit les cailloux arrondis.

« Je chéris la clarté modeste, Douce lune au front virginal, Qui pends sous le plafond céleste, Comme une lampe de cristal.

Sur la mer belle, mais perfide, La nuit ta lumière nous guide,

Et tu ne fuis, vierge timide, Qu'au premier rayon matinal.

« Étoiles d'or, qui dans nos glyphes Mirez vos radieux essaims, Êtes-vous des hiéroglyphes Dessinés par les doigts divins ?

Et sous cette voûte éternelle Où votre regard étincelle, Votre troupe garderait-elle Le grand secret de nos destins ?

« Et toi, falaise colossale, Combien de fois, rompant leur frein, Les flots chassés par la rafale Sillonnèrent ton front d'airain?

Maintenant la mer le caresse Comme une amoureuse maîtresse, Et dans son sein elle te presse Comme un trésor dans un écrin.

« Poissons aux lèvres purpurines.

Que je vois doucement nager A travers les algues marines, Fuyez, vos jours sont en danger :

L'ombre d'un pêcheur se projette

Sur votre limpide retraite.

Autour du filet qu'il y jette, Gardez-vous bien de voltiger ! . . .

« Berçons -nous ! la vague est si douce Quelle ne peut même pencher Les cheveux de la verle mousse Qui couronne chaque rocher.

Laissons notre rame légère S'endormir dans sa couche amère :

Avant le jour, près de la terre, Le flot saura nous rapprocher. »

— Ta tendresse m'emparadise, Ma vierge ! et tes chansons d'amour Sont suaves comme la brise Qui caresse ce doux séjour.

Puisque le ciel est sans nuage.

Que la mer luit comme un mirage, Sur l'onde calme de la plage Je veux te bercer jusqu'au jour.

Page 1