‹ Œuvres (volume 5)Chapitre 88 sur 96 · LE CHŒUR DES FLOTS · texte numérisé non relu

LE CHŒUR DES FLOTS

Pourquoi donc vous fuyais-je, ô mes vagues chéries 1 Laissez-moi secouer mes lourdes rêveries, Laissez-moi vous aimer et m'inspirer de vous ! Je reviens au soleil, aux genêts, au rivage Où vos chants ont bercé mon enfance sauvage, Où vos lèvres d'azur écument de courroux.

Je chasse devant moi le sable de vos grèves. Je reconnais ces rocs aigus comme des glaives ! Si jamais le destin loin de vous m'appelait,

0 mes flots bleus, berceau de mon adolescence,

J'invoquerais encor votre rude éloquence

Et votre chant du soir quand le ciel s'étoilait.

Minez ces rocs! chantez, mes vagues bien-aimées î

A moi l'acre senteur des algues embaumées.

A moi la grande mer ! à moi cet horizon,

Où mon âme de feu cent fois s'est élancée

Sur les pas des vaisseaux que suivait ma pensée :

Où je voyais surgir votre blanche toison !

A moi le beau tableau de la plage marine,

Où je sentais mon. cœur grandir dans ma poitrine,

Où de Dieu l'océan me traduisait l'appel î

A moi notre ciel pur, nos étoiles si belles!

A moi la mer immense et ses îlots rebelles

Déchirés par l'éclair comme par un scalpel !

Mais je vois des pêcheurs qui regagnent leurs huttes. La mouette décrit d'inégales volutes En fuyant dans les airs. C'est le soir. Tout s'endort. Les flots chantent en chœur, et leur murmure est vague Comme le bruit des bois qu'un vent d'automne élague ; Ils s'adressent ensemble au noir rocher du bord.

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