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nexpérience , laissez choir ce qui n'a pas d'avenir •. il ne s'agit pas de leur donner de l'orgueil , mais du courage. Laissez-leur, avec Montaigne, allonger au besoin une courte syllabe. Ne dussiez-vous rencontrer que quelques créations telles que la Jeune Fille abandonnée de Lebreton, la Petite Navette, de Magu ; l'Ange et l'Enfant, de Reboul, qui a tant d'autres beautés, n'auriez-vous pas de petits trésors ? Je ne parle pas d'Hégésippe Moreaudont les lettres ont à regretter la mort prématurée, autant peut-être que celle d'André Chénier. Bon et faible jeune homme, né avec toutes les qualités de cœur qui rendent aimant et aimé, qui font la vie douce et pure, il se laissa dévier, entraîner dans des égarements qui n'étaient pas Faits pour lui, et il s'est éteint dans un hôpital. Je supplie qu'on fasse disparaître du volume recueilli, pour ainsi dire, sur son lit de mort, quelques pages qui le salissent; car sa place est marquée dans notre histoire littéraire.
Ce que j'aime encore dans cette apparition des poésies d'ouvriers , c'est le lieu d'où elles sont datées. Nous n'avons, nous autres, qu'un seul lieu. Paris, grand foyer absorbant où tout
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vient se jeter, grand creuset où tout vient se fondre et qui ne donne que de l'alliage. La centralisation, qui fait notre unité et notre puissance dans l'ordre national, nous comprime et nous décolore dans la sphère des beaux-arts. Poésie, peinture, musique, notre territoire est bien vaste, tout cela vient s'étouffer sur un seul point où quelques élus envahissent le peu de place qui existe, et où tous les autres meurent asphyxiés. Mais pour les ouvriers qui sont inspirés là où ils vivent, et qui vivent là où ils travaillent, nous disons le poète d'Agen, de Nîmes, de Rouen, de Fontainebleau, de Toulon : c'est l'individualité artistique rendue à chaque cité, c'est la diffusion et le rayonnement littéraires sur tous les points du royaume. Du reste, ne soyons pas injuste envers notre société. Si le feuilleton ou l'article politique ont jeté parfois à la poésie des ouvriers le dédain ou l'interdit, la société n'a pas fait de même. C'est une bonne fortune pour un recueil de vers, que de porter sur son titre : par un tel, menuisier, tisserand, boulanger, ouvrier maçon; cela vaut un privilège du Roi, de l'ancien régime ; et ceux qui sont venus les premiers en
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ont tiré profit, Combien de jeunes talents aujourd'hui qui font des vers, et combien qui, sans être de grands poètes, en font de bons ! surtout en la poésie de sentiment, la poésie intime, la dernière qui reste, la seule qui, dans les civilisations avancées, se développe au lieu de s'éteindre. Nous avons abondance de bons artisans de ce métier-là. Mais qui y donne attention, et pour un livre combien de lecteurs? Qu'il s'agisse de poètes ouvriers, au contraire les premiers d'entre nos littérateurs se font un plaisir de les introduire. C'est Lamartine, c'est Victor Hugo , c'est Alexandre Dumas qui donnent leur patronage aux hommes ; ce sera madame Tastu ou madame Desbordes Val more pour les femmes. La publicité ne leur manquera pas, ni l'accueil du public, ni même, à quelques-uns, les encouragements du pouvoir.
Poney n'est pas en tous points aussi heureux, puisqu'il n'a pour introducteur que moi ; moi qui , pour une telle qualité , ne me reconnais d'autre titre que d'être né aux mêmes lieux et