‹ Œuvres (volume 5)Chapitre 95 sur 96 · A MES LECTEURS · texte numérisé non relu

A MES LECTEURS

Mon navire est lancé. Par le vent de l'oubli, Puisse son faible essor ne pas être assailli !

Puisse-l-il, fort de vos suffrages, Braver les ouragans, flotter longtemps sur l'eau : Car la publicité, comme l'a dit Boileau,

C'est la mer fertile en naufrages.

Ses câbles sont rompus: il vole, et loin du port La mer qu'il doit franchir l'appelle avec transport.

Lancé sous ces heureux auspices, On dirait qu'il sourit à l'abîme azuré, Et qu'avant de partir il était assuré

Que les vents lui seraient propices.

Aidez ma voile, amis; faites-lui bon accueil, Pour que, sans s'y briser, elle effleure recueil

Où l'oubli veille, noir fantôme !

El vous aurez bientôt un vaisseau mieux construit, Car Dieu complète tout, car la fleur devient fruit,

Le ruisseau fleuve, et l'enfant homme !

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