‹ ŒuvresChapitre 11 sur 72 · MATINÉE D'HIVER SUR LES TOITS · texte numérisé non relu

MATINÉE D'HIVER SUR LES TOITS

Quel spectacle allrayant et curieux je vois Quand le soleil d'hiver illumine les toits Et fond le givre blanc qu'y tamise Taurore, Tandis que les oiseaux s'éveillent par essaims, El qu'ivre de la veille, au milieu des coussins. Le pauvre riche dort encore !

J'étends autour de moi mon regard enchanté. Aux rougeâlres vapeurs qu'exhale la cité, On dirait qu'elle bout comme une grande étuve. La lucarne vitrée étincelle des feux Qu'elle absorbe, et qu'en gerbe elle renvoie aux cieux Chaque maison semble un Vésuve.

Le chat, renard des toits, à peine l'aube a lui, Chasse les passereaux qui se moquent de lui ; Quelque serin doré, déserteur de sa cage. Ivre de liberté, becquette les chardons Qu'aux sommets des vieux murs où nous nous suspendons Sema l'haleine de l'orage î

Puis le moineau qui cherche, au bord des toits penchants^ Quelques grains apportés par la brise des champs, Qui court dans la gouttière où )a tuile s'évase, Qui poursuit sa femelle avec des cris d'amour. Et jette avec orgueil, aux premiers bruits du jour. Des chants de bonheur et d'extase !

Puis quelque jeune fille aux lèvres de carmin, Assise à sa fenêtre et l'aiguille à la main, De chants et de travail enrichit sa mansarde ; Asile pauvre et pur où Dieu la voit toujours. Où le soleil l'admire, où, cultivant ses jours, L'amour d'une mère la garde.

Et sous mes pieds la mer, la voix des matelots Qui se perd dans l'espace avec celle des flots, Des flots qui, chaque soir, répétant au rivage Les rêves de retour de nos frères absents, Lancent au ciel, avec des nuages d'encens, Leur poème au rhythme sauvage.

Alors, bien que le sang jaillisse de mes doigts. Que mes pieds soient glacés par le givre des loils, La grande œuvre de Dieu me semble plus parfaite. Je bénis mes outils et mes obscurs destins, Et je me sens heureux d'avoir tous les matins Tant de soleil et tant de fête !

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