AUX MAÇONS
Effilons nos marteaux pour raser trois maisons ; Du travail tout l'hiver, du travail aux maçons !
Oh ! si nos jours sont froids et sombres. Nous nous réchaufferons par un chant fraternel ; Et nos bras lanceront aux nuages du ciel
D'autres nuages de décombres.
Sur le seuil du chantier déposons nos chagrins ; D'une douce gaîtéquc nos fronts soient empreints,
Que pain bis et bouteilles pleines Nous rendent, aux repas, l'entrain et la vigueur. Comme un soleil d'avril, secouant leur langueur.
Rend la vie et les fleurs aux plaines.
Qu'il est beau de sentir s'abîmer sous nos pieds
Tous ces planchers, fumants comme de grands trépieds ,
Comme la mer dans les tempêtes !
Et qu'il est doux de voir ces murs que nous ouvrons, Nous montrer le soleil à travers leurs chevrons.
Ainsi que d'immenses squelettes î
Après avoir construit des demeures pour tous. Si nous pouvions, amis, bâtir un toit pour nous î
Si nous étions propriétaires D'un petit coin des champs qu'au loin nous découvrons, Pour voir grandir nos fils, pour reposer nos fronts,
Que nous serions heureux, mes frères î
Et puis, si nous pouvions saper comme ces murs Les hideux préjugés et les vices impurs ;
Si nos efforts pouvaient détruire Cette société, que de sublimes fous, Architectes divins, ébranlent à grands coups.
Et, sur leurs plans, la reconstruire î
La force, la beauté, l'harmonie et l'amour Seraient inaugurés tous ensemble en un jour.
Comme ces pierres entassées S'élancent dans les airs en murailles de grès. Nous élèverions tous vers Dieu, vers le progrès.
Nos cœurs, nos chants et nos pensées.
Nous aurions le bonheur, la foi, la liberlé ! Et peut-être qu'enfin la sainte vérité
Luirait dans notre nuit profonde.
Qu'à nos désirs ardents l'infini répondrait. Qu'en un immense amour la haine se fondrait
Et que Dieu bénirait le monde ! ! !