UN SOIR DE FÊTE
Lorsque les souffles du printemps Reviennent apaiser, par de lièdes soirées,
Par des jours de calme constants, Les vagues que l'hiver avait exaspérées, Pourquoi ne viens-tu plus sur nos grèves dorées
Sourire à nos cieux éclatants ?
Ouand sur mon sein ému lu reposais ta tète, liien des fois tu m'as dit que l'amour du poète Aurait peuplé pour toi les plus tristes déserts. Les échos des rochers répétaient nos concerts, Et les vents amoureux, dans le sillon des lames, Comme deux alcyons berçaient nos jeunes Ames.
Aujourd'hui je suis seul à rêver sur ces bords, El le ciel, et les flots, et leurs pompeux accords, Pour tes beaux yeux d'azur, pour tes chastes oreilles. Semblent, ô ma beauté, n'avoir plus de merveilles !
Mon amour ne peut-il remplir Ta pensée et tes jours, développés si vite ?
Ton cœur ne peut -il s'assouplir A suivre mon destui qui dans l'ombre gravite ? El faut-il aujourd'hui que ton orgueil évite
Le bien que lu dois accomplir ?
Tu te dois tout entière à celui qui t'adore.
Ton amour est à moi : c'est le soleil qui dore
Mon travail, ma jeunesse et tout mon avenir ;
Mais prends garde î cet astre est facile à ternir.
Dans le grand parc humain que le trépas émonde,
Ne va pas t'abreuver des plaisirs de ce monde.
Ces plaisirs, que tu vois beaux comme nos flots bleus,
T'apprenJ raient, pauvre enfant, qu'ils sont plus amers qu'eux
Et, sur leur mer trompeuse où la vertu naufrage,
Le bonheur, devant toi, fuirait comme un mirage.
Évite l'éclat et le bruit !
L'ennui toujours arrive après la fête folle: L'ange qui te guide et te suit.
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A la porte des Lais te quitte et se désole, Et de ton blanc chevet tristement il s'envole S'il ne t'y trouve pas la nuit.
Ne va plus au théâtre où plus d'un vice impie. Pour l'attirer à lui, te convoite et t'épie ; Oii le riche insolent, bouffi d'or et d'orgueil. Salit ton chaste front de lubriques coups d'œil ; Où le drame adultère ensanglante la scène ; Où danse et rit tout nu le vaudeville obscène ; Où, pareils à des bruits échappés de l'enfer. De cris luxurieux Fentr'acte infecte l'air, Et d'où plus d'une femme à ce contact tuée. Vierge en entrant, le soir sortit prostituée.
Ne t'éloigne donc plus de nous.
Viens, lorsqu'avril en fleurs épaissit la charmille,
Respirer ses parfums si doux ; L'été, souris au ciel qui d'astres d'or fourmille Et les soirs d'hiver, reste en ton humble famille
Où je viens l'aimer à genoux.
A DÉSiRÉE
Le jour je suis maçon, le soir je suis poète. Mes jours sont au travail et mes soirs sont à vous. Ouvrier, tout le jour ma x^ensée est muette ; Poète, tout le soir je chante à vos genoux.
Les champs humains sont noirs de futures tempêtes Et le trépas y fauche, éternel moissonneur î Mais sur mes jours, mêlés de travail et de fêtes. Le ciel à pleine coupe épanche le bonheur.
C'est que j'ai rencontré sur le seuil de ma vie T'ne femme aussi pauvre et plus pure que moi ;
C'est qu'aux festins du cœur sa beauté me convie, C'est que le ciel lui-même a béni notre foi.
Elle ne naquit pas dans ces nobles familles Où, dès qu'il point, l'orgueil tue un amour fervent. Elle ne naquit pas parmi ces pauvres filles Qu'une mère cupide à l'or d'un riche vend.
Le ciel entre mes mains la remit orpheline. Depuis, mon cœur l'adore et mon bras la défend : Et c'est pourquoi mon front que la pensée incline, Passe, au milieu de vous, serein et triomphant.
Cet ange, c'était vous et c'est à vous qu'on pense Quand mon vers prend l'essor, tout palpitant d'espoir; C'est de vous que j'obtiens la sainte récompense De mon labeur du jour et de mes chants du soir.
Et je reste maçon, bien que chacun me dise <Que Dieu me destinait un rôle moins obscur, Parce que dans vos bras l'amour m'emparadise, Parce que loin de vous mon ciel serait moins pur.
Et nous vivons heureux. Di^i nous donne la vie ; ^otre travail, du pain ; l'amour, des voluptés ;
Et notre seul espoir, notre vœu, notre envie, C'est de rendre au bonheur nos frères attristés.
Et quand, tourné vers For comme l'aiguille au pôle, 0 monde ambitieux, tu souffres et te plains; Quand sous un faix de maux tu voûtes ton épaule, Nos deux cœurs seuls d'amour et de bonheur sont pleins.