‹ ŒuvresChapitre 49 sur 72 · TORRENTS · texte numérisé non relu

TORRENTS

Oh! que vos destins sont étranges.

Rapides torrents qui roulez Des flots de sang, des flots de fanges, Des rocs et des corps mutilés î

De vos cris et de vos ravages Pendant un jour tout est rempli; Puis, dans nos mrrs aux flots sauvages, Vous trouvez la mort et l'oubli.

C'est l'image de ces grands liommes Qui, ]:our avoir, fougueux lorrenls,

Dévasté peuples or royaumes, Portent le nom de conquérants.

Sous vos pas tout ploie et succombe.

Noirs fléaux de l'humanité î Puis, nom, fracas, gloire, tout tombe Dans le flot de l'éternité.

A GUILLAUME CLOUARECK

VIEUX SOLDÂT DE l'EMPIRE MORT MANOEUVRE AU SERVICE DES MAÇONS

Mort ! diles-vous? Trente ans de glorieux services, Une ame que jamais ne souil'ùreut les vices, Un front mâle, voûté par quatre-vingts hivers, Rien n'a donc pu samer sa tête vénérée? Oh î laissez-moi pleurer sur sa tombe ignorée, Laissez-moi l'arroser de larmes et de vers !

Rien n'a pu le >;auver l'homme que la mitraille Épargna mille fois sur le champ de hataillo.

Nous, qui de son IréjDas sommes les seuis témoins, Revètons-nous du deuil que le respect inspire. De ce beau monument qu'on appelait l'Empire, Encore une pierre de moins !

Combien nous clicrissions ce nouveau Béiisaire î Nous entourions de soins ses vieux jours, sa misère. Au cbantier, près de lui, sur le gravois assis. Bien des fois du travail nous laissions passer l'iieure ; Il enthousiasmait notre cœur qui le pleure. Par ses héroïques récits.

Nous aimions ces récits jusqu'à l'idolâtrie ; Ils exaltaient en nous l'amour de la patrie. Il nous semblait le voir escalader les monts ! Et quand il racontait ses bal ailles navales. Nous sentions retentir en nous par inlervalles. Le bruit de l'ouragan, des flots et des canons.

Puis il croyait ouïr le choc lointain des armes. Il tressaillait. Ses yeux se remplissaient de larmes. Ses lèvres murmuraient : Hoche, Napoléon î Et puis il embrassait, dans la chambre sonore. Ses vieux compagnons morts qui, pour le voir encore. Parfois, nous disait-il, quittaient leur Panthéon.

Quand l'i^.mpereur mourut, lui, ne pouvant pas croire Qu'un ilut africain dévorùt l'iiomme-gloire,

Regardait, quand les flois gonflaient les océans, S'il ne clescentlait pas à cheval sur la foudre

Pour disperser et pour dissoudre Ces pales escadrons d'éphémères géants.

Ce bras que la morl voue à l'oubli de la tombe, Et qui, sans mouvement, sur son cadavre tombe. Savait brandir un sabre et pointer un canon. Cette livide chair de ses pieds s'est durcie

Dans les neiges de la Russie, Et dans les chauds déserts où résonna Memnon.

Ce regard qui, devant la phalange ennemie. Surprit tous les matins l'aube encore endormie. Est mort comme une fleur au soleil desséchant. Son lit est froid, la rouille ébrèche son épée. Ta vie, u vieillard, fut une longue épopée, El ta morl héroïque en est le dernier chant.

Dors, solilat oublié î ton Ame, que j'évoque Repose auprès de Dieu quo tout cœur juste invoque. Laisse dormir la gloire à l'ombre des cyprès. Tu ne dois pas à l'or les pleurs dont on l'arrose.

La plus sublime apothéose, C'est ce muet concert d'unanimes regrets.

Ta grande ame, au milieu des dangers ai^uerrie. De tous hs niMux Inim.iiiis est au'oiird'hui "[uério.

Tu vécus sans reproche et tu meurs sans remoril ; Le deuil monte la garde autour de ton alcôve^ Et le sommeil suprême, en courbant ton front chauve^ Xe l'a fait que plus doux l'oreiller de la mort.

Le cercueil est scellé^ l'humide et froide argile Cesse de résonner sur la planche fragile. Adieu î. . . les chants guerriers, les obus, le tambour, Les combats cù vainqueurs et vaincus, lout expire. Rien n'éveillera plus le héros de l'Empire Que les riairons du dernier jour î

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