LE BAL DES ANGLAIS
Tu mourras là, Titan î Parmi les noirs ilols Sous y\es deux calcinés harcelés par les flots, Il en est un surtout rlonl les hideuses lélei Servent de point de mire au\ fureurs des tempêtes. Jamais ce roc, noirci par le tropique aident, El que l'affreux simoun brûle de son haleine N'a senti la fraîcheur des vents de l'occident : Regarde-le î c'est lui qu'on nomme Sainte-Hélène î
Tu mourras là. Titan î Souveraine des mers, Trop longtemps rAng'elerre a redouté tes, fers.
Trop longtemps, cœur d'airain, sur l'Europe vassale
Ton astre projeta ton ombre colossale.
Les glaces de Moscou gardent tes légions.
Ton aigle à l'œil brûiant, aux serres foudroyantes.
Atteint par les boulets de quatre nations,
Traîne à terre le vol de ses ailes sanglantes.
Et le Titan mourut, et son aigle puissant N'effraya plus les rois de son bec menaçant. Gcné dans l'univers comme dans une cage, Il périt, étouffé sur cet îlot sauvage ; Et son râle, pareil au tonnerre vengeur Qui réveille l'écho des sommets qu'il foudroie. Arracha parmi nous de longs cris de douleur, Et, parmi ses bourreaux, d'ignobles cris de joie î
Aujourd'hui, nos marins, fiers de s'humilier, A leurs vieux ennemis ont osé s'allier. En vain de Trafalgar le sang crîra vengeance On rit sur Aboukir, sur Vaterloo l'on danse ; Et je vois, dans nos murs incendiés par eux. Aux drapeaux d'Albion marier nos bannières. Et nos jeunes beautés, dans un bal odieux. S'entrelacer aux bras qui tuèrrnt leurs [ères !
Des concerts et des bols à ces vautours des mers. Dont la cupidité pressure l'univers !
A ceux qui, reJoutant la vengeance française,
Firent de notre port une vaste fournaise î
Des tapis d'Orient et des fleurs sous leurs pas !
Sur leurs fronts insolents, des lustres, des couronnes î
De l'or, à pleines mains, car il ne s'agit pas
De voter au malheur quelques maigres aumônes î
Un bal à des Anglais î Ce soir là, je crus voir
Un incendie affreux porter le désespoir
Dans tous ces cœurs joyeux, brûler ces riches lentes.
Et les lancer au ciel en gerbes éclatantes ;
Je crus y voir, signant de solennels arrêts,
La main qui, pour la mort d'une foule alarmée.
Avec du feu traça : mané, thlgel, phares,
Écrire sur leurs fronts : frange, tète d'armée.