LEVER DE SOLEIL
Ma veille finissait sur les rimes sauvages. A mes pieds s'élenc'o'ent la mer et ses rivages ; Derrière moi les champs se pertlaient au lointain : Des rochers encalrés dans l'écume des vagues, Les fronts noirs s'éclairaient ; et leurs murmures vagues Semblaient saluer le malin.
Kt le sole'i, ce dieu des étés grandioses, Ce père des beaux jours, des fruits murs et des roses, Montra sa face ardente au fond de l'horizon ; Et quand il apparut, je crus sentir la terre Tressaillir sous mes pieds, comme lorsqu'un cratère S'essaye à rompre sa prison.
Et nos flots dont les chants, penLlanl les nuits sereines. Sont si doux qu'ils feraient croire encore aux syrénes. Changèrent leur azur en océan de feu.
Le soleil escorté de nuages étranges, S'avança dans le ciel ; et d'éclatantes franges Dentelèrent l'horizon bleu.
Et rhorizon ne fut que larges déchirures ; Et le vieux mont, coupé de riches ciselures, Sembla du faîte au pied couvert d'un manteau d'or. Un tapis de carmin remplaça l'émeraude Des taciturnes bois où le vent siffle et rôde : L'astre-roi prenait son essor !
Et des flots de lumière inondèrent l'espace. Les nuages pourprés divisèrent leur masse. Un grand cercle écarlate incendia le ciel . Et nue étincelante, et brume violette, Tout suivit le soleil qui, fier de celle fête, Semblait voler vers l'Elernel.
Mais il s'éleva seul, et son pompeux cortège S'elTaca, se perdit comme un flocon de neige. Et, comme une traînée ardente de .loleils, Du roiigeùtre horizon jusqu'à lari\e sombre.
On voyait ses reflets étinceler sans nombre Dans les ondes des flots vermeils.
La cime tle nos monts, à l'aube si brumeuse. Rayonna sous le ciel, splendide et lumineuse, Et parut s'embraser comme un nouveau Tliabor î Ses étages de rocs, escaladant les nues. Quand le soleil frappait sur leurs épaules nues Semblaient des citadelles d'or !
Et je compris alors ce culte des sauvages Pour le soleil qui, seul, féconde leurs rivages. Je compris qu'ils n'aimaient et n'adoraient le feu Que parce que, rivés encore à la matière. Ils n'avaient pas trouvé dans la nature entière De plus grande image de Dieu.
Et je sentis mon sein plein de reconnaissance Envers cet astre-dieu que l'univers encense. Et je le suppliai, pendant tout ce beau jour, De rendre, en leur versant ses flammes généreuses, I/àme de la nature et l'àme humaine heureuses Et de les unir par l'amour.