‹ ŒuvresChapitre 55 sur 72 · DU LAZARET DE TOULON · texte numérisé non relu

DU LAZARET DE TOULON

Longtemps je me suis plaint des tracas de la ville ; Je voulais être seul ici, pour te chauler. Aujourcrimi sur ces bords où mon lra\ail m'exile. Ma muse, loin de toi, ne peut s'acclimater.

Cest en vain que je vais respirer sur la grève Le parfum qui Cie^ mers et des forets sVlève. Arbres, vagues, soleil, ici tout est plus beau; El cependant j'y suis triste, et tout me révèle Que pour tout cœur aimant, pour toute àme fulèle, La solitude est un fardeau !

11 faut, pour qu'un rayon de soleil me fôcon le,

Pour que ma muse nage avec lui dans les cieux,

Il faut qu'il ait doré ta chevelure blonde,

Et qu'il m'arrive au cœur avec ceux de tes jeux.

Il faut, pour que des flots la chanson me séduise, Que, comme Malvina, près de la mer assise, Ta voix d'enfant se môle à leur puissante voix ; Et, sans les doux parfums qu'exhalent ton haleine Et les longs cheveux d'or, mon âme d'amour pleine N'aimerait pas l'encens des bois.

A ton jeune poète il faut l'hymen sublime

Du monde et de l'amour. Sans le ciel, sans la mer,

Tu ne suffirais pas au désir qui m'anime,

El le monde, sans toi, me serait un désert.

Ma muse dans l'exil serait bientôt glacée. Il faut la flamme au cœur, la flamme à la pensée, Car la flamme, c'est Dieu ; la flamme, c'est le jour ! La flamme vit partout : sous l'écorce du globe, Dans le flanc des volcans, dans le ciel teint par l'aube. Dans les soleils et dans l'amour !

Aussi ])Our que le feu du génie en moi vive, Pour que ma poésie, attristée et sans fleurs, Puisse redevenir encor causeuse et vive. Pour que tout à mes yeux retrouve des si)leii leurs ;

Afin que mon regard à ton regard s'embrase, Afin de savourer celte enivrante extase. Qu'un amour exclusif autour de nous répand, A tes pieds, sous le toit où mon culte t'encense, Je reviens pour toujours, car c'est de ta présence Qu'ici-bas mon bonheur dépend!

Pourtant, ma blanche idole! avant de fuir ces rives Où j'écoutais les vents qui me parlaient de toi. Où je venais, dès l'aube, attendre les missives Qu'aux barques des pécheurs tu confiais pour moi ;

Je veux t'y voir régner, ma belle souveraine î Je veux que tout ici te reconnaisse reine, Que la mer à tes pieds prosterne ses flots verts; Que les bois, sur le front de la beauté que j'aime, De leurb royales fleurs posent le diadème, Mon luth, sa couronne de vers.

Et quand nous reviendrons, sur les plages profondes» Éblouis par Tédat de ton front virginal. Les marins s'écriront : « Voyez ! l'ange des ondes Ramène un exilé dans son pays natal. »

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