AURORE BORÉALE
Quelquefois rOcéan, lassé rie sa colère, S'endort au pierl des rocs ou sur les sables tins. Alors un vaisseau part, et l'Océan tolère Que le marin, qui rêve un continent polaire, De son immense empire explore les confins.
Tandis que le vaisseau fend le glaçon arctiiiue, Quelquefois le marin voit, sur Taxe aimanté, Tressaillir tout à coup l'aiguille magnétique. Comme sur le trépied la propliétesse antique. Sous !e souffle brûlant de la divinité.
Alors Tœil «lu marin cherche, scrute, examine.
Et si l'air et le ciel sont limpides et clairs, Derrière ces glaciers que le ciel seul domine^ Comme le Sinaïle pôle s'illumine Et remplit l'horizon d'éblouissants éclairs.
Et soudain, aux deux Ijouts de l'immensité sombre^ Il voit, comme Israël dans la nuit du désert, Deux colonnes de feu qui ressemblent dans l'ombre Aux deux mâts d'un navire incendié qui sombre, Surgir de l'Océan et flamboyer dans l'air !
Et bientôt, embrasant les voûtes éternelles. On les voit toutes deux au zénith parvenir ; Là, le front ceint d'éclairs, les géantes jumelles Dessinent sur le ciel deux courbes solennelles, El comme une arche immense elles viennent s'unir.
Alcp-s de mille feux elles sont pavoisées ,-
Il en sort des lueurs qui pourprent le ciel bleu,
Et ces explosions, ces gerbes de fusées.
Comme en perles d'argent s'épanchent les rosées.
S'éparpillent au loin en globules de feu.
Puis un nimbe enflammé, beau comme une couronne, Se lord majestueux au front de l'arc géant ; Monument que tant d'or, tant d'éclat environne,
Que Dieu peut le clioisir pour trépied ou pour trône Quand il vient présider aux jeux de l'Océan.
Et des vagues, devant ces clartés inouïes, L'étonnement résonne en mélodieux chœurs : On les voit relever leurs létes éblouies Et, sous l'arc triomphal, défiler réjouies Comme, devant un roi, les bataillons vainqueurs.
Proiligc de beauté, de grandeur idéale î
Soleil de ces climats qui n'ont point de soleil !
Radieux phénomène î aurore boréale.
Qui recouvres de feu la zone glaciale.
Et cb.anges son ciel noir en firmament vermeil !
De ces deux désolés qu'ont choisis pour arène Les glaciers éternels, Touragan exalté.
De ces climats sans roi Dieu te proclama reine : Reine par ta beauté, ta gloire souveraine. Reine par la splendeur et par l'immensité î
Pourtant cette beauté sj>lendide se déflore ; Tous ces rayonnements s'éteignent tour à tour ; De ses nuances d'or le ciel se décolore. Et riieure qui succède à cette belle aurore N'amène qu'une nuit affreuse au lieu du jour.
Et l'on voit, aux deux bouts de l'immonsitc sombre. Comme Israël, quand l'aube éclairait le désert, Deux colonnes de feu qui ressemblent dans l'ombre Aux deux mats d'un navire incendié qui sombre, Pâlir, et par degrés s'évanouir dans Tair !
Dieu, qui parle loujours par la voix des symboles, N'aurai t-il pas caclié quelque secret profond Dans ces temples ardents aux célestes coupoles. Qui remplissent d'éclairs les ombres des deux pùles. Gouffres dont nul mortel n'a pu sonder le fond ?
Car, pareil au marin qui parvient à ces plages-. Parfois aussi, parfois, glorieux Magellan, Le poète hardi fend l'océan des âges. . . Mais quand de l'avenir il tente les rivages, D'infranchissables monts arrêtent son élan. '
Pourtant lorsque son œil que le génie aainio. Ose, sans effroi, lire aux arcanes du ciel, 11 voit de l'avenir, inexorable abîme.
Jaillir des feux qui font à son àme sublime Pressentir le lever d'un soleil éternel.