VOYAGEANT EN BRETAGNE
Provence*, ô beau pays des vagues et des grèves,
Des pins, des oliviers et des magiques rêves !
D'où vient donc que, pareils à tes blancs goélands.
Tous les artistes nés sous tes cieux indolents,
Sur la foi d'un albunri qui les illusionne,
Partent pour ces climats où le froid stationne.
Et vont chercher bien loin, aventureux essaim.
Les sublimes tableaux qu'ils trouvaient dans ton sein?
Nous avions un ami qu'à l'art de la peinture,
Dés l'enfance, voua son ardente nature.
Il allait, dessinant sur le velin soyeux
Tout ce que dans son cœur avaient calqué ses yeux ;
Et comme au ciel le soir fait jaillir les étoiles.
Chaque jour son pinceau sur de vivantes toiles
Livrait à nos regards, soudainement éclos.
Des pins, de blonds enfants, des barques et des flots.
Eh bien ! il est parti, comme si sa palette N'avait de la beauté laissé que le squelette ; 11 a fui tes trésors, comme s'il avait craint D'en épui^^er un jour l'inépuisable écrin. Pèlerin courageux, touriste infatigable, 11 a vu l'Océan changer ses rocs en sable. Du tonnerre et des flots les monstrueux hymens. Il a voulu dormir sur les sanglants dolmens, Voir, pendant l'ouragan, sur les roches des havres, Des pales naufragés échouer les cadavres ; Explorer l'Armorique où les bardes gaulois Divinisaient l'amour et les vastes exploits ; Parcourir ces forêts où neuf vierges terribles Accomplissaient la nuit des mystères horribles; Où sous les serpes d'or tombait le gui sacré. Où le vaies divin, des Romains exécré, Dans des monstres d'osier brûlait chaque semaine, A ses barbares dieux, une hécatombe humaine. 11 17
Chaque jour il s'empare, au profit de son arl, Des lieux dont les beaulés saisissent son regar.l . Son àme, des splendeurs ctrvingères remi)lie. Dans sa coupable extase, ô mon pays, t'oublie î
Provence aux heureux jours ! coquette qui le plus A te parer pour lui, l'ingrat î ne souffre plus Qu'il vive loin de toi. Dis-lui par ton zéphire Qu'à son génie ardent toi seule peux suffire ; Que nous lui réservons de chauds embrassemenls, Des étreintes d'amour, de radieux moments ! S'il l'oubliait, dis-lui que sous ton ciel l'orage Est sublime d'horreur, d'harmonie et de rage ; Que de la grande mer la royale fureur Au marin le plus brave impose la terreur ; Que les caps dans la brume à l'horizon s'effileni ; Que dans ton firmament les étoiles d'or filent ; Qu'il trouvera, couché sur l'algue et le rescif : Le pécheur tour à tour intrépide et lascif; Des golfes embaumés, des plages, des falaises, Et des monts pavoises de pins et de mélèzes. Dis-lui que sous Ion ciel, d'où coulent les désirs^ Sont les plus doux amours, les plus tendres plaisirs Qu'il est beau de lutter, mais qu'après la victoii e. Un rayon de bonheur vaut un soleil de gloire î